Ferries récalcitrants

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Cet article sur les ferries inaugure une série sur les moyens de transport au Cap-Vert.

Brava est une petite île du Cap-Vert. Son nom veut dire « sauvage ». C’est l’île la moins habitée du Cap-Vert. Elle est très montagneuse et très verte. Beto, qu’on a rencontré à Brava, dit que c’est le « cul du Cap-Vert » ! Il veut dire que Brava est l’île la plus isolée. On ne peut y aller qu’en ferry (ou en bateau à voile, comme nous). On ne peut pas y aller en avion : elle est trop montagneuse pour y atterrir. Et les barques de pêcheurs ne sont pas assez grandes pour affronter tout le vent qu’il y a entre Brava et Fogo, la grande île à côté. Parce que c’est comme dans un entonnoir : quand l’eau ou le vent passe dans un passage étroit, ils vont plus vite. Comme Fogo et Brava sont des îles très montagneuses, le vent est obligé de passer dans le chenal étroit entre les îles. Du coup il y a toujours beaucoup de vent à cet endroit.

Chenal entre Brava (au 1er plan) et Fogo (au loin), avec la mer bleue foncée là où il y a beaucoup de vent

Et parfois, même le ferry est bloqué, car il y a trop de vagues et il ne peut pas aller dans les ports qui ne sont pas bien abrités, comme à Fogo. Sinon, quand les voyageurs descendent sur le quai, ils se font tremper par les vagues qui passent au-dessus de la jetée ! Quand on était à Furna, le port de Brava, le ferry n’a pas pu partir pendant 2 jours à cause de ces grosses vagues. Donc les voyageurs attendaient et dormaient dans la gare du ferry. A ce moment-là, il vaut mieux ne pas tomber malade parce qu’il n’y a pas d’hôpital à Brava.

Quand il y a des vagues, ça peut aussi casser les amarres des ferries. A Furna, on a vu une amarre se casser, parce que les vagues faisaient bouger le bateau et que cela tirait très fort sur les amarres. Quand ça casse, ça fait un grand bruit ! Et ça peut être dangereux de se prendre l’amarre, car elle est grosse comme le bras d’un adulte, et elle part très vite comme un élastique quand elle casse.

Dans l’autre ferry qu’on a pris pour Santo Antão, une amarre a aussi cassé de la même manière. On a regardé comment les matelots faisaient des épissures pour réparer l’amarre cassée. Une épissure ça sert à faire une boucle sur une amarre sans faire de nœud. L’avantage c’est que c’est encore plus solide qu’un nœud. La boucle sert à attacher facilement l’amarre autour d’un taquet quand le bateau arrive au port.

Pour faire l’épissure, il faut séparer les torons au bout du cordage et les tresser avec les torons à la base de la boucle

Mélisse passe un toron ; il faut bien regarder pour passer le toron au bon endroit 

L’épissure terminée

A Furna, un jour, Béto nous a dit qu’un cargo allait arriver et qu’il fallait qu’on déplace le bateau pour lui laisser de la place. C’était un cargo qui venait d’Amérique pour transporter des cadeaux des émigrés à leur famille restée à Brava. Il y a longtemps, des bateaux américains venaient au Cap-Vert pour chasser la baleine. Ils embarquaient les bons pêcheurs de Brava pour travailler comme marin. Ces gens sont restés en Amérique. Depuis ce jours, il y a beaucoup d’émigrés de Brava en Amérique.

Le cargo qui vient d’Amérique

Quand le cargo a déchargé les marchandises sur le quai, on a vu que ça faisait gîter le bateau. Gîter, c’est quand un bateau penche sur le côté. Et à Mindelo il y a un mois, il y a même un bateau, le Soby, qui a coulé en débarquant la marchandise ! Un container a glissé à cause de la gîte, le cargo a gîté encore plus et il a coulé. Nos copains du bateau Ia Orana ont vu le bateau couler, ils nous ont dit que c’était horrible. Mais il n’y a eu aucun blessé.

Et aujourd’hui, ils sont en train de renflouer le bateau, c’est-à-dire de le remettre à flot.

Le Soby chaviré, qui émerge encore à côté du quai

Le renflouement du Soby

Mélisse et Aurélien.

J’en profite pour donner le lien à l’album-photo de Brava. Flora.

5 réponses

  1. Anne
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    me voilà transportée aux iles du cap vert quelques minutes avec vous …. bon je pars au travail retrouver le périph parisien, merci pour cette petite évasion matinale ! bisous à tous

  2. Edith
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    Merci pour ce commentaire très instructif sur cette petite île, et surtout belle leçon d’observation pour les réparations d’épissures!!
    Et puis , bien sûr, superbes photos, Flora, qui nous permettent de vous voir évoluer, vous et vos hôtes, dans ces paysages magnifiques!! Je trouve que les filles ont grandi!! Ouf, bien rassurée aussi de voir que l’école continue, ce n’est pas un poisson d’avril!!
    Pleins des bisous!

  3. Manou
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    Mélisse, faudra que tu me montres comment faire une épissure quand je change de pelote dans un tricot, jusqu’à présent mes essais n’étaient pas trop élégants 😉
    Impressionnantes ces histoires d’amarres qui claquent et de ferries qui chavirent, je me dis que le mouillage dans ces îles, ça doit parfois rendre le mercalm nécessaire même à l’arrêt ! Burp.
    Et l’école en portugais, pendant trois semaines, waouh, ça ne va pas être facile, mais tellement intéressant, il faudra nous raconter tout ça, et les jeux à la récré, et les copains-copines, ce que vous aurez appris en portugais et en créole…
    Pendant ce temps les parents doivent bosser dur sur le bateau j’imagine.
    J’imprime plein d’articles et de photos pour Mamy Claude, je les lui enverrai demain.
    Gros gros bisous, bon courage !

  4. francis ratti
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    passionnant ! brava c ‘ est de la navigation sportive !- ça fait penser aux effets de vent en croatie – – – tu te souviens flora , et aurelien qui s ‘ occupait des amarres ! mais là vous etes dans une ile isolée
    – on comprend que vous allez ailleurs pour la preparation de la traversée – bravo melisse , tu deviens un as du matelotage – c est important et utile

  5. Gérard Dubreuil
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    Que d’aventures maritimes , ça fait plaisir ! Voir un bateau en train d’être renfloué , ce n’est pas tous les jours.Le passage entre les deux îles doit laisser des souvenirs aussi , quand le vent décoiffe.
    Et bravo Mélisse pour l’épissure , elle a l’air parfaite . C’est drôle ça me rappelle les « scoubidous » …
    Quant à l »amarre qui casse , cela m’a rappelé un vieux film avec Gabin, « remorques », qui raconte le remorquage d’un bateau ( avec une histoire d’amour bien sûr), et où la tension dramatique est liée à la tension de la remorque …à voir un jour…
    Merci pour ces beaux reportages. Je vous embrasse très fort.
    grand-père.

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