En aluguer !

with 9 commentaires

Au Cap-Vert, nous avons découvert un nouveau moyen de nous déplacer : l’aluguer. Idéal pour les voyageurs au long cours, qui préfèrent dépenser leur temps que leur argent. C’est un transport collectif qu’on retrouve dans toutes les îles et tous les villages du Cap-Vert, et qui est beaucoup utilisé par les Cap-Verdiens qui n’ont souvent pas de voiture. Mais aussi par les touristes, car les voitures de location sont ici rares et chères.

La plupart des aluguers sont des minibus, des Toyota Yace, dans lesquels on rentrerait à 15 grand max en Europe, mais jusqu’à 10 de plus ici. Erell et Mélisse adorent s’installer à l’arrière, car ça saute beaucoup. Elles sont gâtées, la plupart des routes sont pavées ici. On trouve également des pick-up, et alors il n’y a pas de jaloux : c’est très inconfortable pour tout le monde ! Mais le dépaysement est garanti.

Quand on voyage en aluguer, ça donne à peu près ça :

– Ah, super, j’ai trouvé l’aluguer facilement et c’est vachement moins cher que le taxi. En plus on a plein de place, c’est mieux que celui qui est passé tout à l’heure où ils avaient l’air serrés comme des sardines. Faut juste attendre quelques autres passagers et on y va. Je maîtrise un max le Cap-Vert maintenant.

– Il ne se remplit pas très vite cet aluguer. Ca ne doit pas être l’heure de pointe. Mais c’est pas grave, je profite. Ca sera toujours plus rapide que Vivian le jour de son arrivée quand il a pris le mauvais aluguer qui l’a déposé au milieu de l’île et qu’il a dû trouver une correspondance qui a mis 2 heures à partir ! Il devait être un peu à la ramasse pour prendre le mauvais aluguer 🙂

– Bon, ça fait une demi-heure qu’on attend et il ne reste que de 2 ou 3 places libres, il pourrait y aller quand même.

– Et si je lui donnais 200 escudos pour qu’il parte maintenant ?

– Ah ben finalement c’est bien, il a décidé de partir. Y’a qu’à être un peu patient.

– Pourquoi il passe par cette ruelle ?

– On n’est pas déjà passé ici ? J’ai compris, il fait des tours dans la ville pour trouver les derniers voyageurs. Ah ! Lui, là-bas ! Il va monter ! Yes !

– Ah non il ne monte pas en fait. Par contre il a nous a confié un meuble en kit, ça doit être pour des potes à lui plus loin sur le trajet. Ca rentre mais je suis bon pour tenir les planches à chaque virage pour qu’elles ne me tombent pas dessus.

– Tiens, pourquoi il s’arrête chez ces gens maintenant ? OK, ils ont compris le truc : on vient les chercher au dernier moment quand l’aluguer est plein. Ne vous pressez pas pour dire au revoir à mémé, surtout !

– La prochaine fois, au lieu d’aller à la station d’aluguers, j’irai direct à la sortie de la ville intercepter un aluguer bondé prêt à décoller.

– Allez cette fois-ci, on est parti, c’est pas trop tôt !

– Mais c’est pas l’autre route qu’il devait prendre ?

– Arg ! J’ai pris l’aluguer qui fait le tour de l’île ! Deux fois plus long et il faudra que je prenne une correspondance pour arriver à Praia ! Ils me refont le coup de Vivian !

– Qu’est-ce qu’il raconte, le mec sur le bord de la route ? Faut vraiment que je fasse des progrès en créole. Y’a un mec qui a raté l’aluguer ?

– Non mais c’est pas vrai, il fait demi-tour pour retourner le chercher !!!

Promis, on n’a rien inventé, mais on avoue qu’on a fait une compilation de faits réels, la plupart du temps le démarrage est moins fastidieux.

Une fois en route, tout s’accélère ! Comme s’il fallait à tout prix rattraper le temps perdu. Quelques frayeurs peuvent alors pimenter le trajet, le chauffeur, une fois lancé, ne jugeant plus nécessaire de ralentir malgré les lacets des routes vertigineuses et les nombreux obstacles : voitures en train de manœuvrer, vaches nonchalantes sur le chemin, câble levé en travers de la route qui se baisse au dernier moment…

Le côté pratique de l’aluguer : c’est un moyen de transport très souple. On peut monter ou descendre n’importe où sur son trajet, embarquer des marchandises ou des animaux. Il attend quand on le lui demande, fait des détours pour déposer les gens chez eux, s’arrête pour que les touristes profitent des superbes points de vue. De retour de randonnée à Santiago, nous rejoignons la route qui traverse l’île et nous attendons l’aluguer qui finira bien par passer. Une fois l’aluguer hélé, nous constatons qu’il est plein et qu’il paraît impossible d’y embarquer les huit randonneurs que nous sommes. Que nenni ! Le chauffeur n’hésite pas à nous faire monter tous, les enfants assis sur nos genoux et par terre (la ceinture de sécurité est un lointain souvenir depuis que nous avons quitté les Canaries). Et moyennant une partie de « tétris » aux arrêts suivants, il réussit même à caser quelques passagers supplémentaires.

On y croise une « galinha »

Et des « peixes »

Côté prix, on paie à la personne et en fonction de la distance. Il semble y avoir un barème officiel mais on ne le connaît pas toujours. C’est gratuit pour les enfants (on ne le découvrira que sur le tard). Et quand le chauffeur propose de nous attendre pour nous ramener à la fin de la journée, c’est mauvais signe : il est probable qu’on ait payé un peu plus que la normale ! Mais dans tous les cas c’est économique. On s’en tire entre 100 escudos (1€) par personne et 500 escudos (5€) pour les plus grands trajets.

L’alternative, plus commode pour les touristes mais beaucoup plus chère, consiste à privatiser l’aluguer en précisant au chauffeur l’option « taxi ». Cela peut permettre de gagner une demi-journée, d’atteindre des zones mal desservies comme la superbe route de la Corda sur Santo Antão (petit teaser pour un prochain article) ou d’éviter une immersion trop brutale pour Mamilo qui débarque toute seule au Cap-Vert et doit nous retrouver à l’autre bout de l’île de Santiago ;-).

En aluguer sur la route de la Corda

Mamilo et les Colibris (Erell au dessin, aidée par Mamilo pour les contours de l’aluguer).

En bonus, le petit album-photo de Santiago. Flora.

9 réponses

  1. Manou
    | Répondre

    Styles et sujets variés dans ce blog, on ne s’ennuie jamais ! Merci Laurence and Co(libris) de nous transporter en commun avec vous par aluguer 😉 Bravo Erell pour le dessin de titre, et comme d’habitude, j’imprime le tout, ainsi que l’album-photo, pour un envoi à Mamy Claude (aujourd’hui elle a dit à Monique qu’elle était en pleine lecture de la livraison assez abondante que j’avais postée hier – un sacré tas de feuilles depuis mon précédent envoi – et qu’elle était très contente d’avoir de vos nouvelles et de voir les photos).
    Alors cette école en portugais, les filles ? Quelle chance vous avez (et pas seulement de retrouver une cour de récréation avec d’autres écoliers : est-ce qu’ils jouent au foot ? à l’élastique ? Racontez-moi). Vous commencez à bien parler ? Au Brésil ça va vous servir !
    Laurence m’a appelée aujourd’hui et m’a raconté encore des péripéties – entre autres qu’elle avait imité ma chute à l’eau à Dakar hé hé, ouf, je ne suis plus la seule dans ce genre d’exploit humilidifiant…
    Gros bisous à vous, encore bravo !

  2. Anne
    | Répondre

    Comme d’habitude j’étais impatiente de vous lire …. que c’était drôle vos péripéties dans les aluguers ! Gros bisous à tous

  3. Ben
    | Répondre

    Les alugueurs ressemblent pas mal aux collectivos que nous avons utilisé en amérique su sud, notamment au Pérou… je me souviens encore d’une vieille dame avec un sac énorme qui n’avait pas hésité, manque de place, à poser son sac sur mes genoux et limite à s’assoir sur mon reste de genoux disponible 🙂

    Je testerais peux être ces fameux aluguer lors de mon probable cours séjour au Cap Vert…

    Bisous à vous 4 et à très bientôt

  4. Edith
    | Répondre

    Hello,

    Et merci pour ces nouvelles fraîches, et toujours captivantes!! Erell qui arrive à somnoler , dans l’alugueur, entre le panier à poissons , sa sœur et quelques voisins, c’est quelque chose!!
    Pittoresque, pour le moins, ce mode de transport local!!
    Et une fois de plus, quel bonheur de découvrir tous ces paysages!! Et j’imagine vos balades dans ces sites!!
    Et l’école, les filles, comment çà fonctionne au cap vert?
    Pleins de bisous des tatas d’oullins!

  5. Annick Lafond
    | Répondre

    Coucou, je suis très en retard pour vous lire , mais quel bonheur de voyager avec vous. J’admire votre zénitude pour voyager en alugueur si c’était moins loin et pas en bateau j’irai prendre des cours hi hi hi ou pas.
    Bisous à vous.

  6. francis ratti
    | Répondre

    alugueur – – – voila un nouveau mode de voyage à retenir pittoresque ! ça me rappelle les « taxis  » du congo il y a 25 ans – nous avons bien ri en vous lisant – – laurence a pu vous rejoindre , sans faire tout le tour de l ‘ ile ?

    • Mamilo
      | Répondre

      En débarquant de l’avion, j’ai préféré ne pas choisir l’aluguer, car il aurait fallu aller d’abord au centre de Praia, la capitale, pour en trouver un, avec le risque de me tromper, comme Vivian !
      Donc, comme j’étais très pressée d’arriver, l’option taxi direct pour Tarrafal me convenait, avec en prime une très belle route qui m’a permis de découvrir le centre de l’île !

  7. Gérard Dubreuil
    | Répondre

    Ces taxis collectifs sont vraiment très pittoresques en Afrique .
    Cela m’a rappelé le trajet pour aller à Touba au Sénégal . C’est un pick-up (un bâché) de chez Peugeot et qui roule à tombeau ouvert sur la piste en zigzagant pour éviter les ornières et parce que le temps presse. Un Mauritanien prie tout le long pour éviter le pire et les Sénégalais entassés les uns sur les autres rient sous cape pour ne pas le froisser.Ainsi chacun vit les choses à sa manière . Au final personne n’est mort dans cette équipée sauvage.
    Bisous . Grand-père.

  8. Bonjour…Merci de prendre la peine de raconter ce theme du l’aluguer, (comme A LOUER).
    j’y suis passé 2 fois aux iles du cap vert sur le chemin du Brésil (2013 et 2016).
    Donc merci d’avoir écrit ce texte rememorant, n’ayant moi meme pas, envie d’écrire un publication uniquement sur un sujet secondaire, mais qui dessine tout un pan de la vie au CAp Vert. Je rajouterai que conseil de prendre le pick up la journée pour mieux profiter des paysages, puis le mini-bus le soir quand il fait frais. J’ai aussi le souvenir du vacarme de tous ces petits pavées, sur toutes les routes, et de la musique a fond dont le gros baffle occupant une partie du chargement fait tout vibrer.

Répondre