Laurence et le hash

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Le grand Condor m’a à peine posée sur l’île de Grenada pour y rejoindre les colibris que Captain Aurélien me fait part du programme intensif qu’il a concocté pour les jours à venir. Entre autre, il a entendu parler d’une randonnée au nom mystérieux de « H », organisée tous les samedis. Pour ajouter un peu de piquant à ces vagues informations, il m’explique que les nouveaux participants au H doivent subir un bizutage…

Encore bien embrumée par le décalage horaire, je suis plutôt inquiète, déjà échaudée par plusieurs  expériences de randonnées avec Aurélien et Flora. Pour commencer, une randonnée familiale en Auvergne, un mois de mai, s’était transformée en raid aux conditions extrêmes : grêle, pluie torrentielle et finalement neige ; ça s’était terminé en taxi.

Randonnée en Auvergne

L’autre randonnée mémorable, l’ascension du Mont Tongarero dans l’île du nord de Nouvelle Zélande, nous avait plongés dans les aventures initiatiques de Tolkien : confrontés au froid et à travers un brouillard intense, nous avions tenté de suivre les traces de Frodon le Hobbit sans rien voir du fabuleux paysage qui a servi de cadre au tournage du Seigneur des Anneaux. Mélisse (agée de 1 an et demi) avait fini enveloppée d’une couverture de survie sur le dos d’Aurélien.

Randonnée en Nouvelle-Zélande

Revenons à Grenade : dès le lendemain de mon arrivée, depuis le joli mouillage de Prickly Bay, nous levons l’ancre pour la capitale de l’île, Saint Georges. Craignant un mal de mer, j’avale un cachet qui achève de m’assommer, et à l’arrivée, les parents me chargent de veiller aux devoirs des Colibrettes,  pendant qu’ils partent faire les courses. Finalement, ce sont elles qui ont veillé sur moi !

St Georges

De retour sur le bateau en annexe ils reviennent chargés de ravitaillement et de quelques nouvelles informations sur la randonnée du lendemain : RDV à 14h à la grande marina pour prendre un minibus qui nous mènera au départ du « H » ! Le lendemain matin, Aurélien et moi déambulons le long des  échopes du marché aux épices sous une chaleur qui altère légèrement mon enthousiasme pour le programme de l’après-midi : « avec cette température, ce ne sera pas trop dur la rando ? ». La réponse d’Aurélien me rassure immédiatement : « non, t’inquiète… en forêt, il ne fera pas trop chaud. Mais, peut-être, aurons-nous un peu de boue en raison des averses des derniers jours ! ».

Après un déjeuner rapide de plats locaux rapportés du marché (qui nous donneront soif tout l’après-midi), nous prenons le bus jusqu’au lieu de rendez-vous, la grande marina située de l’autre côté du lagon, que nous atteignons 20 minutes en avance. Nous y attendons notre chauffeur, questionnant vainement taxis et bus. Personne n’a entendu parler de RDV pour le H, excepté un chauffeur de minibus, qui nous donne une précieuse information « it’s a red van » ! Le temps passe, il est 14h30, le départ de la randonnée a lieu à 15h30. Après quelques espoirs déçus à chaque fois que nous apercevons « a red van », nous décidons de nous y rendre par nos propres moyens en reprenant un bus jusqu’à la gare centrale et de là un autre qui nous mènera à Birch Grove, localité du départ du H, située au milieu de l’île.

Ainsi, je peux parfaire mes connaissances en matière de transports en commun insulaires acquises au Cap-Vert (cf l’article sur les aluguers). A Grenade, le principe est le même qu’au Cap-Vert mais mieux organisé. Donc à la gare centrale, il nous faut attendre que le minibus soit rempli pour partir. Le temps passe encore… Ouf, le chauffeur fait l’impasse sur une place et démarre enfin. Une demi-heure plus tard, nous arrivons au village de Birch Grove. Mais ne voyant aucune indication du H, nous continuons. Le bus nous dépose un peu plus loin, près d’un restaurant isolé. Là non plus, le H ne leur dit rien du tout. Au hasard, nous prenons une petite route qui descend ; peut-être trouverons nous plus bas ? Nous arrivons à un ruisseau où des enfants se baignent, rien à voir avec le H mais cela tente bien Mélisse et Erell. Il est 15h30, peut-être n’est-ce pas une si mauvaise idée ? Non, Aurélien décide de retourner au restaurant : ils ont le wifi, il récupère des informations plus précises sur le lieu de départ et questionne l’employé pour savoir comment s’y rendre. Miracle ! Très coopératif, celui-ci arrête la première voiture qui passe devant le restaurant et le chauffeur accepte de nous conduire…

Victoire ! Nous arrivons enfin, avec 20 minutes de retard… Beaucoup de voitures, quelques personnes et une musique assourdissante, je me demande s’il ne s’agit pas d’un autre genre de rassemblement : H comme haschich ? Non, non, il s’agit bien de marcher. On nous inscrit, il y a même 2 autres groupes de retardataires derrière nous. Pas si mal d’être arrivés en retard, cela a le mérite de nous dispenser de bizutage ! Mais il ne faudra pas perdre de temps car la nuit tombe vite après 17 heures. Après quelques explications sur l’itinéraire nous nous engageons sur la route en macadam.

Un peu plus loin, une pancarte nous fait bifurquer sur un chemin… Horreur, nous découvrons un immense tapis de boue ! Ah, j’avais sous-estimé la réponse d’Aurélien « il y aura peut-être un peu de boue, après les averses des jours précédents … ».

Au début, nous essayons de ne pas trop salir nos chaussures. Mais l’exercice se révèle impossible : la petite centaine de marcheurs qui nous ont précédés ont malaxé la boue à souhait. Nos pieds s’enfoncent jusqu’à la cheville. Heureusement, nos chaussures tiennent bon ! Par la suite, nous rencontrons plusieurs randonneurs pieds nus dont les chaussures s’étaient faites aspirer dans la boue.

Au fur et à mesure, nous testons différentes techniques : par exemple marcher au bord du chemin encore couvert de végétation et se retenir aux branches en cas de glissade. Mais nous ne sommes pas les premiers à y avoir pensé et souvent il ne reste plus « de bord de chemins couverts de végétation » et les branches ou les lianes pas très solides se cassent… Pas la peine d’essayer de jouer à Tarzan ou Jane.

Puis la piste se met à descendre, alors, je tente la technique « descente à ski dans la poudreuse »  en adoptant la position jambes pliées et fesses en arrières, jusqu’à ce que les fesses glissent directement dans la boue.

Toutes ces techniques s’appliquent aux adultes, Mélisse et Erell à peine gênées par la boue marchent imperturbablement en tête. Les glissades les font rigoler, sauf quand une glissade un peu moins maîtrisée recouvre Erell de boue. Il faut de temps en temps aider Erell à escalader un obstacle plus haut qu’elle. Il faut dire que nous ne sommes pas sur un circuit de randonnée classique mais sur une piste tracée dans le bush pour le H.

Le sentier tracé dans le bush

A la première grande bifurcation, nous sommes assez perplexes : les organisateurs ont imaginé un balisage « Petit Poucet ». A la place des miettes de pain, ils ont semé des bandes de papier déchiqueté (genre confettis). Nous trouvons des confettis dans toutes les directions, soit emportés par le vent, soit étalés par les marcheurs précédents recherchant la bonne direction. Notre choix se porte sur un chemin avec des confettis et beaucoup d’empreintes de chaussures… Nous attendons cependant les groupes qui nous suivent pour conforter notre choix. Mieux vaut, si nous nous perdons, ne pas être seuls, n’ayant pas de forfait téléphonique local.

Les confettis indiquent le chemin

Concentrée à regarder où mettre les pieds, et à jauger les futurs obstacles, je suis frustrée de ne pas porter souvent mon regard sur la végétation luxuriante du bush que nous traversons. Heureusement, Aurélien, plus multitâche que moi, attire notre attention sur les nombreux muscadiers, la spécialité de l’île, et cacaoyers avec des gousses de cacao, en prévision de l’excursion future à la chocolaterie.

Des noix de muscade

Quand on prend le temps d’admirer le paysage

Puis il s’arrête pour observer avec les filles un superbe mille-pattes comme ils en avaient vu au musée en Guyane. Un guide du H vient alors de nous rejoindre et nous demande de ne pas trop tarder, car la nuit va tomber. Adieu mille-pattes, nous regagnons le sentier et la boue. Nous descendons, jusqu’à une rivière. Nous la traversons marchant en équilibre sur pierres ou rondins tous plus glissants les uns que les autres : j’ai un peu triché en utilisant la main secourable d’Aurélien.

Plusieurs fois trompés par la signalétique « petit Poucet » et par un panneau « ON ON » retourné comme dans La Grande Vadrouille (« NO NO »), nous sommes remis dans le bon chemin (boueux) par le guide et terminons la dernière partie de la randonnée par une bonne montée (boueuse). Non équipée de chaussures à crampons, j’affine ma technique d’ascension, je repère parmi la végétation environnante des troncs ou branches solides, en évitant surtout de m’accrocher aux lianes traîtresses.

Mamilo escalade

Enfin, nous rejoignons le bon macadam bien dur et sec et, détendus, nous commençons à discuter avec les autres randonneurs.

A l’arrivée, nous sommes visiblement  très attendus. Les organisateurs, tout sourire, nous font signe de venir, nous font poser nos sacs, et mettent les filles à l’écart. Puis devant toute l’assistance ils nous aspergent de bières bien secouées et … rafraîchissantes. En arrivant en retard, nous n’avions manqué que la moitié du bizutage.

Pour terminer nous avons droit à la remise de diplôme. Où j’apprends qu’on n’écrit pas « H » mais « hash » et que cette association se présente comme des « drinkers with a running problem ».

Notre certificat de « Loss of Virginity »

Ayant pris l’habitude de regarder les pieds, je constate qu’excepté nous, tous sont chaussés de sandalettes exemptes de traces de boue. Il en est de même pour leurs tenues vestimentaires. A côté d’eux, nous faisons vraiment « tâche ».

Ils ont eu le temps d’aller se rincer à un petit ruisseau … Mais il fait nuit noire, nous laissons tomber le ruisseau.

Aurélien a enfin trouvé le chauffeur du fameux « red van ». Ce dernier promet de nous attendre, le temps de faire notre dernier jeu de piste : trouver un robinet pour nous laver en suivant un tuyau le long de la route. Nos chaussures et pieds à peine rincés, un coup de klaxon retentit : le « red van », impatient, nous a rejoints, nous commençons à monter. Dernier coup de stress lorsque je crois que le van redémarre laissant Aurélien et l’une des filles au bord de la route ! Ouf il veut juste se garer correctement.

Nettoyage des chaussures

Tout est bien qui finit bien. Dans le bus, l’ambiance est animée, nous sommes accueillis chaleureusement par les autres passagers, navigateurs également. Le bus nous dépose à « bon port » (au Yacht Club). Bien fatiguée, je passe avec succès la dernière épreuve de la journée : saut du ponton à la plateforme arrière du bateau …

Laurence

Et voici l’album photo de Grenade

Flora

7 réponses

  1. Edith
    | Répondre

    Merci Laurence, de toutes ces précieuses informations! Inutile de nous appâter avec le H, nous ne partirons pas dans de telles aventures!!! Et une chose est sûre: nous emmènerons nos chaussures hautes de marche, on ne sait jamais!!
    En tout cas, félicitations pour cette expédition des plus sportives!! et vive les vacances avec la famille !!
    On attend avec impatience la suite de vos visites dépaysantes!
    Et bien sûr, toujours de très belles photos, chère reportere!!

    Pleins des bisous à vous tous.

  2. Christiane
    | Répondre

    Voici enfin la clé de l’énigme « les crados » ! Voyant la photo de twitter, je m’étais immediatly in petto émis l’hypothèse d’une participation à une opération écolo « nettoyage de port », et hu hu, dans la foulée j’avais imaginé le retour au bateau avec tous les nettoyages subséquents avant de poser un pied dans l’annexe puis le cockpit, tout en économisant l’eau, et même, même ! je m’étais dit que pour le coup vous n’aviez pas hésité à faire un premier rinçage des équipements à l’eau de mer pour économiser l’eau douce… Comme quoi faut jamais faire de suppositions.
    Bravo Laurence pour cet article fameusement hilarant ! On se représente bien l’odyssée glissante – qui confine au bizutage local… Je crois qu’Aurélien prend plaisir à te concocter des épreuves particulières à ton arrivée en comptant sur ton esprit sportif. Une ou deux averses guyanaises ou la promenade vers la cascade à Tobago m’ont été une découverte déjà corsée de la puissance des éléments et de la capacité hydrophile des vêtements, chaussures et cheveux, mais là c’était le niveau très au dessus.
    Ils sont rigolos les organisateurs de ce H. D’ailleurs ça veut dire quoi localement ce terme non cannabinoïde ? Dans mon Robert & Collins, je trouve « hachis » ou bien « to make a hash of something = saboter quelque chose ». ça, pour saboter la propreté de vos tenues, c’était réussi !
    Bisous.

  3. big max
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    Alors que dire ??? Après un titre plus que prometteur voila qu’en fait que je découvre ma bien aimée Boss en jupons qui se roule dans la boue … non mais … franchement … si ce n’est une différence de température certaine tu pourrais le faire ici crois moi … ça n’arrête pas de tomber… pluie , neige et bruine… tout cela sous un ciel bien crasseux …
    Les fêtes se rapprochent à grand pas … On pense a toi régulièrement avec les compères de poids .
    Passez une bonne fin d’année et profitez en … tic tac tic tac … le temps passe vite 😉

    A bientôt
    3 bisous à vous tous ..

    Big max

  4. Ophélie
    | Répondre

    Encore un article vraiment drôle ! Ba dites donc, vous faites la collections des randos les plus inattendues. Il va falloir qu’on trouve des ballades de folie proches de chez nous pour vous divertir à votre retour… plus question de retourner à Villecartier, notre fameuse promenade en forêt autour de l’étang….
    Nous vous embrassons fort
    Ophélie

  5. Vignes
    | Répondre

    Complètement bluffé !!! Je sais ma petite sœur Lolo très sportive, mais le bain de boue, fallait le faire!
    C’est un régal que de suivre votre périple surtout quand il prend des tournures d’Indiana John…
    Joyeux Nöel à toutes et Aurèlien.

    Gilles

  6. Anne
    | Répondre

    hihihi ! je vous imagine d’ici ! Une bien belle randonnée et vue de loin c’est vraiment comique ! Vivement la prochaine Laurence 🙂
    Bisous à tous

  7. dubreuil gérard
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    Quelle odyssée! Une rando qui tient du parcours du combattant ou plutôt de farces et attrapes ! Les organisateurs m’ont l’air d’être des facétieux . Jusqu’à brouiller les pistes sur les lieux et les heures de rencontre . Sympa ! J’aime ce sens de la liberté et de la gaieté . Mais je sens qu’on va me dire: « oui mais tu ne l’a pas vécu » . Exact! et j’aurais sans doute râlé plus que vous ! Mais : que des souvenirs inoubliables!
    Je vous embrasse. Gérard.

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