Les îles Selvagens

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Jeudi 13 octobre – Madère, marina de Quinta do Lorde.

Nous nous plaisons ici, l’île est magnifique et l’ambiance à la marina et avec les nombreux bateaux-copains est fort sympathique. Nous resterions bien encore un peu mais la météo de la semaine à venir nous incite à partir : la pétole va s’installer dans les jours qui viennent suivie d’une grosse dépression. Nous avons déjà repoussé le départ plusieurs fois et n’aurons de ce fait pas des conditions idéales pour cette traversée (pas de vent par moments et des vents de sud nous faisant naviguer au près à d’autres). Un peu tristes donc, nous larguons les amarres, aidés par les 5 bateaux-copains et le personnel de la marina. Même avec les rafales présentes ce jour-là, ça aurait été un comble de rater la manoeuvre !

Nous partons vers les Canaries, mais l’idée est de faire d’abord cap vers les îles Selvagens (à environ 150 milles de Madère et 130 milles de Lanzarote) pour y passer une nuit et visiter l’île en attendant le vent, qui nous mènera à Lanzarote et sa petite île accolée, l’Isla Graciosa.

La traversée vers les Selvagens ne sera pas mémorable : certes au début nous avons un peu de vent nous permettant d’avancer convenablement mais nous ferons tout de même 13h au moteur ! Heureusement, la nature nous offre de belles rencontres : un arc-en-ciel de nuit (suite à un grain sous la pleine lune), une tortue et, plus classique mais nous sommes toujours fans, un banc de dauphins qui vient jouer avec l’étrave.

Les dernières heures de moteur se font au maximum du régime acceptable pour le moteur. En effet, l’avertissement suivant du guide Imray ne nous incite pas à arriver de nuit : « En aucun cas il ne faut approcher l’un ou l’autre groupe (d’îles) de nuit ou par visibilité réduite. Les deux groupes sont entourés de nombreux dangers largement débordants. Ceux mentionnés dans le texte ne sont que les pires parmi de nombreux autres, dont certains ne sont même pas encore cartographiés. En mai 2012, on signalait que les dernières cartes Navionics positionnaient correctement les îles. D’autres le font également, mais cela n’a pas toujours été le cas, attention donc. Ce n’est pas par hasard qu’on les appelle les « îles Sauvages ».« … Ouf, on a les cartes Navionics.

Nous arrivons in extremis juste avant la tombée de la nuit à Selvagem Grande, la plus grande des îles Selvagens et la seule que l’on peut visiter à cette période. L’unique anse où l’on peut mouiller, la Enseada das Cagarras, nous semble beaucoup plus petite et moins protégée de la houle et du vent que ce que nous l’imaginions. Heureusement, il n’est pas prévu beaucoup de vent, mais il y a bien cette petite houle et, comme nous le savions, les fonds ne sont que rocheux (ce qui est moins sûr pour le mouillage). Nous ne nous sentons pas bien protégés et hésitons à repartir… dans la nuit et la pétole, ça ne donne pas envie ! Et puis, c’est trop dommage d’avoir fait le détour jusqu’ici pour rien ! Nous tentons donc le mouillage pour la nuit, avec un peu d’appréhension quand même. La nuit sera finalement étonnamment bonne, certes fortement bercés par la houle, mais sans crainte trop importante de dérapage (le vent était très faible et l’alarme de mouillage – qui sonne si le bateau sort du périmètre normal autour de son ancre – étant d’une aide rassurante).

Samedi 15 octobre – Selvagem Grande

Aujourd’hui, nous allons profiter de Selvagem Grande avant de repartir pour les Canaries. Ce matin, baignade dans l’anse en attendant notre rendez-vous pris hier soir avec les gardiens de l’île pour la visiter.

Les îles Selvagens sont une réserve naturelle et un sanctuaire d’oiseaux depuis le début des années 1970 et il faut un permis pour y mouiller et être accompagnés des gardiens pour débarquer. Ce sont des îles inhabitées, si ce n’est par 2 gardiens, 2 policiers maritimes et parfois des scientifiques venant étudier la faune locale. Ah, j’oubliais, il y a aussi la chienne Selvagem qui, elle, est une habitante permanente de l’île.

Sandro, le gardien qui nous accueille (très gentiment) et nous accompagne vient ici une dizaine de fois par an pendant 15 jours. Le reste du temps, il travaille à Funchal ou est en repos auprès de sa famille. Son travail consiste à surveiller que tout va bien dans la réserve naturelle, et à accueillir les « quelques » visiteurs annuels, environ 100 bateaux par an. Nous sommes peut-être le dernier ou pas loin. Tous les 15 jours donc, il y a changement d’équipe de gardiens et de policiers. Leur trajet Madère – Selvagem Grande dure 13h en bateau. Ils ont maintenant tout le confort sur l’île : ils dessalinisent l’eau (ça fait 3 ans qu’il n’a pas plu sur l’île !), ils ont l’électricité grâce à des panneaux solaires et ils ont même internet ! Quand nous arrivons, le second gardien est en train de faire du pain pour la semaine (ils ont également un four à pain), et à notre départ ils nous offriront un pain tout chaud, miam.

four-a-painFour à pain

Les îles Selvagens font partie de l’archipel de Madère et donc du Portugal. Elles ont été récemment convoitées par l’Espagne, intéressée par élargir sa zone économique exclusive et en particulier ses zones de pêche. Il semble que si les îles étaient reclassées comme de simples « rochers », elles seraient alors considérées comme faisant partie de la terre habitée la plus proche, et deviendraient ainsi espagnoles, ces îles étant plus proches des Canaries que de Madère. Le Portugal ne compte pas abandonner ces îles à l’Espagne et les présidents du Portugal se font un honneur de venir visiter les Selvagens afin de bien montrer à l’Espagne à qui elles appartiennent. Un des présidents a même passé une nuit sur Selvagem Grande en juillet 2013 pour marquer le coup. Et tous ces présidents sont en photo dans le salon des gardiens.

Sur Selvagem Grande, il y a la plus grande colonie de cagarras (puffins cendrés) de l’Atlantique nord. Environ  60000 oiseaux. Les cagarras sont des oiseaux migrateurs qui reviennent sur le lieu de leur naissance pour donner la vie. Les poussins sont nourris de poissons pendant 3 mois par leurs parents. Leurs parents partent ensuite et les poussins restent pendant un mois sans manger et sans bouger dans leur nid (ils ont assez de gras pour cela), et, une fois leur duvet d’oisillon perdu, ils s’envolent, seuls, et partent pour le Brésil. Leur nid se situe dans les anfractuosités de la roche de l’île.

poussin-cagarras

Poussin cagarras de presque 4 mois dans son nid

Durant la balade avec Sandro, nous allons sur le plateau en haut de l’île, où la végétation recommence doucement à pousser. En effet, au 20ème siècle, des lapins notamment avaient été introduits par les propriétaires de l’île de l’époque, une famille de banquiers de Funchal, qui venaient à Selvagem Grande pour chasser. Cette introduction d’espèces non endémiques a complètement dévasté la végétation de l’île. Ces espèces ont été récemment retirées de l’île et la végétation reprend tout doucement ses droits par endroits.

plateau

Sandro et nous devant le plateau

Sur le plateau, nous voyons une autre espèce endémique de l’île, un gecko, que les filles adorent caresser ou prendre sur leur genou.

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Erell et le gecko.

Vu de haut, l’anse des cagarras n’est finalement pas si petite et Penn Gwen n’est pas si près des rochers. Sandro nous dit qu’il a déjà vu 11 bateaux mouillés dans cette anse. Comment cela est-il cependant possible ?

anse

Penn Gwen dans l’anse des Cagarras

Après cette jolie balade et ces belles rencontres, il ne nous reste plus qu’à retourner sur Penn Gwen après une ultime photo avec les gardiens et les policiers, à leur demande.

En fin d’après-midi, nous quittons Selvagem Grande avec l’impression de partir du bout du monde. Les cagarras volent autour du bateau pendant quelques temps ; je verrai le phare de l’île pendant 30 milles durant mon premier quart. Tout en écoutant Anis (ça faisait longtemps !) dont les 2 premières chansons que j’écoute disent « avec le vent comme complice » et « qu’est-ce que tu veux, j’aime être oisif oisif, dans ce monde où vaut mieux être productif, j’aime bien déglan même si c’est corrosif, rien n’est absolu tout est relatif ». Ca me parle en ce début de traversée… La navigation est agréable, sans doute la nuit de navigation la plus agréable depuis le début du voyage : une pleine lune qui éclaire presque comme en plein jour, une mer peu formée, du vent juste ce qu’il faut pour bien avancer mais sans que ce ne soit trop sportif. Ce qui me permet d’écouter de la musique pendant tout mon quart et de laisser mon esprit vagabonder. Ce soir-là, mes enchaînements de pensée me rendront un peu nostalgique, nostalgique de la famille, des amis, des bons collègues et des copains rencontrés depuis le début du voyage et que nous ne reverrons sans doute pas avant notre retour.

Le lendemain soir, nous serons accueillis à Graciosa par… les plus curieux auront la réponse dans le film d’Aurélien ci-après.

Flora.

 

20 réponses

  1. Neyret Monique
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    Quel beau billet. La fin m’a tirée quelques larmes, c’est malin Flora!
    Le film d’Aurélien fait rêver.
    Un grand merci plein d’émotions.

  2. edith
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    Encore un grand moment d’émotion, sûr qu’il doit être dur de quitter les ports, et les amis, partir vers l’inconnu, fort beau au demeurant, vers de nouvelles rencontres, de nouveaux amis!! Et ce temps passé entre soi et l’océan, l’infini…

    Et puis, Flora, une confidence( de toi à moi!!), vous me manquez, un peu , beaucoup… merci pour ton écriture pleine de poésie… Je vous serre dans mes bras, bisou!

    PS, et magique, Aurélien, tu nous entraînes dans une superbe ballade aquatique!

  3. Mamilo
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    Très bel article. Magique, un arc en ciel de nuit !
    Que fait-on à Paris, se demande-t-on, quand on regarde la vidéo.

    Je suis de plus en plus impatiente … Je compte les jours avant nos retrouvailles.

    PS. Benjamin va vous expliquer comment changer la date de la GoPro.

    • Manou
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      Prépare bien tes bagages ! N’oublie pas le livre magique de français pour Mélisse, et puis la grosse provision de bisous de la part de tout le monde.

  4. Manou
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    Le ton des billets nous émeut, les techniques vidéo se perfectionnent continûment ! Bravo pour les choix musicaux , et nous emmener nager parmi poissons et dauphins c’est cool.
    Mais qu’est-ce qu’on fait tous à déglan ici au lieu de TOUS vous rejoindre sur Penn Gwen qui après tout ne fait que 8 mètres de moins que les caravelles de Colomb qui emportaient 30 personnes à bord ! Plus on serait de fous plus on rirait ;-D
    Hum, pas sérieux tout ça, y aurait de GROS encombrements au pipi-room et de VASTES pénuries dans le frigo et les cales à provisions, et de SERIEUSES courbatures après des nuits en vrac un peu partout…
    MEGA BISOUS

  5. Ioda
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    Quel beau film ! Les garçons sont contents d’avoir de vos nouvelles en images et de voir tous ces animaux.
    Profitez bien de Lanzarote.

    • Manou
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      Bonjour Ioda et ses valeureux marins ! De temps en temps je tape Ioda sur la carte, et je vous trouve dans votre trajet. Continuez bien, bises à Emile et Anatole !

    • Aurélien
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      Salut Marie-Laure et Fabian ! En fait j’ai vu votre film sur Lanzarote il y a quelques jours, où vous faisiez une scéance sous-marine, ça m’a mis la pression pour sortir la caméra que nous a offerte la famille avant de partir…
      Et en parlant de votre blog, j’ai cru me reconnaître dans les allusions de Fabian sur l’article sur les fuites 🙂
      Aurélien

  6. Ophélie
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    Magnifique ! On est tellement heureux pour vous que vous viviez si bien. D’ici, on croirait que vous êtes dans un rêve… mais non, vous avez tout mis en oeuvre pour être dans cette réalité si riche ! Ça me donne envie de sauter dans le premier avion pour vous rejoindre, mais ça ne serait pas très sérieux. En tout cas, vous nous manquez fort.
    Des gros bisous à tous les quatre

  7. Gérard Dubreuil
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    Très beau reportage! Cela fait vraiment envie de vous rejoindre. Voir des geckos en direct , alors qu’on ne les voit qu’à la télé ; rencontrer sur des îles des gens uniques par la force des choses ; glisser sur la mer en douceur par pleine lune ,le pied ; faire valser la bateau avec tous ces dauphins… C’est parti vous êtes à fond dans l’Aventure .
    Flora je suis fier de toi, tu es très bonne reporter . Et cela fait plaisir de vous retrouver , j’étais un peu anxieux ,je n’arrivais plus à vous situer .
    Continuez bien tous les quatre dans toutes ces rencontres avec le nouveau.Très grosses bises et bon vent…. c’est la moindre des choses.
    Papa et néanmoins Grand-Père.

  8. Manou
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    Ah mais vous avez carrément bougé aujourd’hui ! Vous êtes sur Lanzarote je vois. C’était joli ce petit contournement du nord de l’île ? vous avez pu mouiller comme ça, juste en face de la grande plage grise ?
    Gros bisous. J’attends toujours votre réponse à mon mail.

    • auflo
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      Carrément bougé, carrément bougé, on a fait une nav’ d’environ 15 milles ! Mais elle était jolie et agréable, et surtout on a vu plein de jets de baleines, malheureusement trop loin pour qu’on puisse voir les baleines mais impressionnant quand même. Oui, on a mouillé comme ça, en face de la plage, parce que le temps le permettait. Et aujourd’hui, re-nav jusqu’au port d’Arrecife, où l’on va attendre Laurence ! Bises à todos. Flora.

  9. Valentine avec MamChris
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    valentine : je vais aller au centre de loisirs demain. je vais aller au cinéma et faire les jeux du petit chaperon rouge. les autres jours je vais aussi aller à la piscine, et puis fabriquer une baguette magique, et aussi je vais fabriquer un chapeau de lutin. je vais fabriquer un marque-page, et faire un parcours sportif. Il y a aussi de la danse et de la musique.
    J’ai vu toutes vos photos elles étaient très jolies. J’ai vu que Aurélien nageait avec les dauphins et les poissons.
    J’ai vu que Mélisse s’était fait mordre par un lézard.
    Est-ce que ça t’a fait très mal ou pas ? J’ai coupé les pommes de terre, et je me suis coupée et j’ai saigné et MamChris m’a mis de la pommade et après un pansement. Et elle m’a dit que c’était ma première blessure de cuisinière.
    Aujourd’hui je ne suis pas allée au centre de loisirs parce que je suis allée au restaurant avec MamChris avec ses copines.
    Papa et Maman sont partis à Bali. Et c’est Mamy Annick et MamChris qui nous gardent. J’étais un peu malade et j’ai vomi un petit peu.
    Au revoir, je vous aime très beaucoup. Bisous.

  10. Michel Huchet
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    Bravo les Colibris pour cette vidéo fort bien réalisée. Je pense que je vais vous donner des « choses » à faire dans ce domaine dans le Sine Saloum. Bonne continuation. Michel/Bureau VSF

    • auflo
      | Répondre

      Bonjour Michel. Ca met un peu la pression à l’apprenti vidéaste que je suis mais ce serait avec plaisir !
      Aurélien

  11. Laurence
    | Répondre

    Merci pour ces belles images qui nous donnent une bouffée d’air et un joli rayon de soleil jusqu’à St Denis ! C’est toujours un plaisir de prendre de vos nouvelles. Bonne continuation à toute la famille !

  12. Neyret Monique
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    Edith et moi sommes avec Mamy Claude à st Guénolé. Tout se passe super bien et notre petite Mamy est bien en forme.
    Je viens de lui montrer tous vos reportages et petits films, elle en est ébaubie (traduction pour les filles : époustouflée)!
    Maintenant j’écris sous sa dictée :

    J’ai admiré cette vie sous marine bien filmée par Aurélien. Ça m’a fait grand plaisir de vous voir vivre à bord, de voir les filles et leur premier moment de classe, les photos et les reportages.
    Ça m’a fait repartir en arrière lorsque petite je faisais des traversées en bateau.
    Je pense très souvent à vous au milieu de la mer et vous trouve très courageux. Pour Mélisse et Erell, ce seront de bons souvenirs pour les années à venir, vous avez de la chance de vivre une telle aventure.
    Bravo Flora et Aurélien d’avoir réussi à monter ce rêve.
    Je vous embrasse de tout cœur et je vous suis par la pensée.
    Mamy Claude

    • Aurélien
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      Effectivement, nous n’avions pas vu ce commentaire ; il était bien dans le blog mais le mail prévenant du commentaire était dans les spams, du coup on ne l’a pas vu… On regardera bien les commentaires dans le blog maintenant…

      De Mélisse pour Mamie Claude :
      Bonjour Mamie Claude, j’aimerais bien te revoir mais je ne crois pas que tu veux revenir sur le bateau ; c’est dommage, on s’amuse bien. Ce serait bien qu’on passe Noël ensemble 😉 mais malheureusement ce n’est pas possible. Gros bisous Mamie Claude.

      D’Erell pour Mamie Claude :
      Est-ce que ça va bien ? Moi ça va. Tu es où ? Moi je suis en bateau à Lanzarote. Dans 2 dodos il y a Mamilo qui vient et dans plus longtemps il y a Manou qui vient, et c’est bien parce qu’on les aime bien. Gros bisous. Erell.

      De Flora pour Mamie :
      Ca fait plaisir que tu aies pu voir tout notre blog et que tu nous aies écrit un commentaire ! C’est cool si les tatas ou maman peuvent te le montrer quand elles viennent, ou éventuellement imprimer les articles et te les envoyer (il n’y aura pas toutes les photos et les films mais c’est déjà ça). Je te fais de gros gros bisous ensoleillés. Flora.

  13. Syl
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    Oooooooh!
    Et bien je dois malheureusement ajouter une note de tristesse, AuFlo, nous ne pourrons pas vous rejoindre en Décembre aux Canaries. Pas droit aux vacances…
    Gros gros bisous. Chanceux!

    • Aurélien
      | Répondre

      Bouuuuuh les méchants qui ne vous donnent pas de vacances… Plein de bisous à vous 4. Flo.

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