Le Cyclone Maria

with 11 commentaires

Vous le savez sûrement, il y a eu un cyclone qui s’est abattu sur la Dominique et sur les Saintes dans la nuit du 18 au 19 septembre 2017. Ce cyclone s’appelait Maria. Avec Penn Gwen, on est allé aux Saintes la semaine dernière et comme on voulait en savoir un peu plus sur Maria, on a interviewé deux dames : Virginie, une aide-soignante de l’île, et Adèle, qui travaille à la mairie et vend l’après-midi des tourments d’amour, la spécialité de l’île. Je vais vous raconter comment elles ont vécu ce cyclone.

Adèle et moi

Virginie a stressé le plus pendant les jours précédant le cyclone. Les habitants devaient acheter plein de réserves d’eau et de nourriture, en cas de coupure d’eau, au cas où les magasins seraient inondés, les plantations arrachées… Quand ils faisaient leurs réserves, il y avait parfois des pénuries. En plus, 10 jours avant, il y avait eu Irma, un autre cyclone qui avait fait beaucoup de dégâts à St Barth et St Martin, des îles françaises au nord de la Guadeloupe. Irma était un des plus gros cyclones jamais vu. Comme l’eau de la mer était très chaude cette année-là, et que plus l’eau est chaude plus les cyclones sont puissants, ils avaient très peur d’avoir un cyclone aussi gros que Irma.

Les gens suivaient beaucoup la météo. Mais on ne peut pas savoir à l’avance où le cyclone va passer exactement et on ne sait pas quelle va être la catégorie du cyclone, c’est-à-dire sa force, quand il va passer sur les îles. Le cyclone précédent, Irma, avait été classé catégorie 5, ça veut dire que les vents dépassaient 250 km/h (ndlr : on parle en vent établi ; les rafales peuvent alors dépasser les 300km/h). Maria, les météorologues la suivaient depuis que c’était une petite dépression dans l’océan. En approchant des Antilles, Maria a été classée cyclone de catégorie 1, puis 2, puis 3.

Voici la trajectoire de Maria que prévoyait la météo du 17 septembre. La largeur du cône ne permet pas de connaître précisemment les îles qui seront touchées

Les gens se sont abrités soit chez eux, soit chez leurs voisins ou au collège s’ils n’avaient pas confiance en leur maison. Mais la plupart des gens sont restés chez eux car beaucoup ont une dalle en béton sous le toit, et la tôle du toit est très bien fixée : il y a des rangées de vis tous les 50 cm. Adèle a amené son papa qui est âgé et alité dans la maison de son frère et ils ont attendu le cyclone là-bas. Virginie, de son côté, a passé la nuit en Guadeloupe. C’était son premier gros cyclone, car elle vit aux Saintes depuis 3 ans.

Le cyclone est arrivé le soir, vers 10h. Pendant la nuit, Virginie et Adèle ne dormaient pas beaucoup. Elles écoutaient le bruit du cyclone et la radio. On ne savait pas ce qui se passait dehors. Virginie disait que le cyclone faisait un énorme grondement. Adèle voyait juste des tôles emportées par le vent et des paraboles volant comme des frisbees. L’eau, l’électricité et le téléphone ont été coupés.

A la radio, la famille d’Adèle a entendu que le cyclone avait forci en catégorie 5 et qu’il passait sur la Dominique et sur les Saintes. Adèle disait qu’à 50 ans, elle n’avait jamais eu un aussi gros cyclone, et son père, quand il a entendu ça, a dit qu’ils étaient perdus.

Ça a duré 12 ou 13h, jusqu’au matin.

Après, quand Adèle est rentrée dans sa maison, elle a vu qu’une tôle du toit s’était envolée et qu’il y avait beaucoup d’eau et de bois dans sa cuisine qui étaient rentrés par les fenêtres. Les volets étaient arrachés. Un arbre était tombé sur la maison de son voisin. Dans le pré à côté de chez elle, il y avait des moutons avant le cyclone. Après le cyclone il n’y en avait plus aucun. Ils ont dû être emportés par le vent, on ne les a jamais retrouvés. Dans la forêt, plein d’arbres et de branches étaient tombés et toutes les feuilles avaient disparu. L’île était toute grise.

L’arbre qui est tombé sur la maison du voisin

On voit toujours les dégâts dans la nature 

Du côté des bateaux, un pêcheur connu de l’île a perdu sa barque. Elle a été retrouvée quelques jours plus tard à St Kitts, à 200 km de la Guadeloupe. Un ferry a été échoué au pain de sucre (au bout de la baie). Il a été dégagé et ramené en Martinique pour être réparé. Et un voilier a été échoué.

Le téléphone était toujours coupé, mais Virginie a réussi à trouver de l’internet chez des voisins et a pu rassurer sa famille.

L’eau et l’électricité ont été rétablies aux Saintes dans les jours qui ont suivi le cyclone. Mais le téléphone fixe n’a remarché qu’à notre arrivée (en janvier 2018) !

Pendant 2 mois, les Saintois ont tout nettoyé et réparé leurs maisons, sans attendre leur assurance et l’aide extérieure. Aux Saintes, la végétation repousse vite et il a beaucoup plu cette année. Il y a toujours plein d’arbres cassés mais l’île est maintenant à nouveau verte. C’est difficile de trouver des bananes car beaucoup de plantations de Guadeloupe et de Dominique ont été détruites. Les bananes repoussent mais pour l’instant elles sont encore grosses comme le doigt. Les vendeurs de fruits et légumes de Dominique ne sont pas encore revenus vendre au marché.

L’île vue d’en haut ; les collines sont à nouveau vertes

Un hôtel, qui s’appelle l’Hôtel du Bois-Joli, est encore en train de se faire reconstruire. Et la maison en forme de bateau qui appartenait au médecin a été détruite. Avec papa et maman on a retrouvé les tôles de son toit sous l’eau. Y a élu domicile une famille de langoustes ! Heureusement la plupart des hôtels ont rouvert pour la saison touristique.

La maison-bateau qui n’a toujours pas retrouvé son toit. Mais en arrière plan, le village se porte bien

 Il y a 30 ans, Hugo, un autre cyclone, avait fait plus de dégâts à la Guadeloupe même s’il était moins fort, car les constructions d’aujourd’hui sont plus solides. Mais en Dominique par contre, il y a eu énormément de dégâts car les maisons sont moins solides et parce qu’ils se sont pris l’œil du cyclone, là où les vents sont les plus forts.

Merci à Adèle et Virginie qui m’ont donné toutes ces informations !

Mélisse (et papa)

11 réponses

  1. Valentine
    | Répondre

    Bonjour Mélisse et Erell ! Mam’Chris m’a lu tout l’article, je vois qu’il y a eu un cyclone terrible, heureusement que vous n’étiez pas là ! Pendant ce temps je suis chez Manou parce que je suis malade, une angine, j’aimerais bien être toujours avec vous parce qu’en France il fait froid. GROS BISOUS 🙂

  2. francis ratti
    | Répondre

    bravo melisse : ton article nous montre bien comment des personnes ont vecu ce terrible cyclone et comment ils ont reagi ; avec courage – – nous nous demandions justement dans quel etat etaient les saintes – une ile que nous aimions tant – tu nous informes tres bien
    – et maintenant quel est le programme ? des tas de baisers à vous 4

    • auflo
      | Répondre

      Oui ce n’est pas un hasard… votre question de la semaine dernière sur l’état des Saintes nous a donné l’idée de cet article.
      Pour la suite : un peu de bricolage sur le bateau, une semaine en Dominique et retour à Basse-Terre pour le carnaval. Et accueil de nos derniers hôtes aux Antilles.

  3. francis ratti
    | Répondre

    dans toutes ces iles c ‘ est le carnaval : profitez en bien ! et envoyez nous encore des images rigolotes

  4. Edith
    | Répondre

    Félicitations à la journaliste! bel entretien avec des « Saintoyses » »!!Et leurs tourments pleins d’amour à la mangue, trop bons!! Avec Marie, nous sommes encore prises dans le décalage, le mal de terre (la maison n’a jamais autant tangué, surtout la nuit!), et je dois dire que ce matin, nous avions plutôt l’air ridicule en maillot de bain, palme et tuba, et n’avons jamais trouvé la mer!!!

  5. Ophélie
    | Répondre

    C’est impressionnant dis donc ! Et comme l’ont dit Grand-Père et Nannie, c’est vraiment intéressant de voir comment les habitants ont vécu ce cyclone, ça devait être terrifiant !
    On vous embrasse fort

  6. Manou
    | Répondre

    Merci pour l’article ma puce (et Aurélien aussi un peu apparemment), ça donne à penser… Ne même pas ouvrir ses volets surtout pendant le cyclone, ils seraient arrachés et on pourrait se faire précipiter dehors avec (en plus petit comme lorsqu’on ouvre sa portière de voiture par un grand mistral..). Les moutons, ils n’ont pas dû comprendre ce qui leur arrivait. Et dire que les vents deviennent de plus en plus violents. Il est temps de refroidir un peu la planète et d’arrêter de faire les andouilles avec le climat, n’est-ce pas Mister Trump. Lui ça lui ferait du bien de recevoir une bonne tôle sur la tête et sa laide mèche.
    A part ça j’ai regardé la recette des tourments d’amour mais je crois que je vais laisser tomber l’idée, il faut faire trop de choses successivement pour y arriver ! un vrai tourment en cuisine. Mais on peut toujours essayer : https://www.mercotte.fr/2016/10/26/le-tourment-damour-3e-epreuve-technique-le-meilleur-patissier-saison-5-aie-dur-dur-du-coco/
    Vous avez goûté les tourments d’amour d’Adèle ?
    Gros bisous

  7. Mamilo
    | Répondre

    Ayant déjà constaté la puissance de vents nettement moins violents que Maria, capables de déraciner des arbres et de faire envoler des toitures, j’imagine la terreur des habitants lors du passage du cyclone. Je salue leur courage d’avoir nettoyé et réparé dans la foulée.
    Merci Mélisse de nous avoir transmis les témoignages de ces habitantes.
    Christiane, la laide mèche de Trump n’a même pas résisté à un léger coup de vent et s’est déroulée dans toute sa longueur, dévoilant ainsi le vrai visage du personnage : tout un symbole !

    Gros Bisous

    Nota : les langoustes découvertes sous les tôles ont-elles terminé dans vos assiettes ?

  8. Erwann et Valentine
    | Répondre

    Bonjour Mélisse et Erell, ici c’est Erwann et Valentine. Chez nous ya eu des jours où il a neigé, malheureusement on n’a pas pu faire des bonhommes de neige, il n’y en a pas eu assez, de neige. Vendredi soir les vacances ont commencé. Et vous ? On a essayé de vous appeler pour l’anniversaire d’Erell mais ça n’a pas marché, ça ne répondait pas. Donc on te dit, Erell : JOYEUX ANNIVERSAIRE ERELL !!! :-)) On a vu les photos avec un bateau de pirates en playmobil et un gâteau avec 6 bougies, et avec dessus des bonbons. Comme dirait le Prince de Motordu, un gâteau de pirates et un bateau d’anniversaire ! 🙂
    On va bientôt aller au cinéma Amaury, Valentine, moi et Mam’chris voir CroMan, c’est des gens en pâte à modeler, l’histoire c’est des hommes préhistoriques qui vivent dans des cavernes. Leurs armes sont fabriquées en pierre et du bois. Mais ya une autre tribu qui fabrique des choses en bronze et ils ont inventé le football. Et ils savent mieux faire leurs vêtements et des chaussures. Le héros s’appelle Doug et son copain s’appelle Crochon, c’est un sanglier. On en a assez parlé, on va parler de la plongée, d’ailleurs ça rime. J’ai vu qu’Erell a fait la plongée avec la bouteille, et que Mélisse a fait un stage, j’aimerais bien voir ce que vous avez vu sous l’eau ! Est-ce que vous avez vu des méduses ? Est-ce que vous avez vu beaucoup de tortues ? Des requins et des baleines ? Des poissons multicolores ? Une nuit j’ai fait un rêve où j’ai vu un dauphin sauter. Mercredi soir Mam’chris vient me chercher chez Karima, c’est une copine de Maman et Papa, (son mari aussi c’est leur copain, et Sara c’est leur fille – note d’Erwann), je vais dormir chez Mam’chris jusqu’à jeudi, on ira au musée, moi je serai dans un groupe d’enfants pour regarder des tableaux mexicains.
    GROS GROS bisou

  9. Manou
    | Répondre

    Erwann et Valentine ont écrit leurs phrases alternativement. A vous de deviner qui a écrit quoi !

  10. dubreuil gérard
    | Répondre

    Merci Mélisse ( et Aurélien) pour ce reportage vivant . Aujourd’hui encore , il y a apparemment des suites du cyclone : les bananes ne sont pas encore commercialisables. Cet événement climatique est effrayant , je ne peux m’empêcher de voir ces pauvres moutons s’envoler comme des fétus de paille . C’est une image de la violence des éléments déchainés . Tant mieux pour les Saintoises et les Saintois : leurs maisons ont mieux résisté qu’à Saint-Martin dont les photos rappelaient presque Hiroshima. Une fois encore , les plus précaires sont les plus pénalisés.
    Grand-père Gérard.

Répondre