La Guyane, c’est aussi l’Asie

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Il est grand temps que je continue à gagner des points pour mon diplôme de bonne équipière de Penn Gwen. Sur la terre ferme de Villeurbanne et remise des effets du décollage horaire ainsi que du dérèglement climatique Guyane-France, n’allez pas imaginer que l’épreuve du jour consiste à donner trente tours de winch ou faire toute la vaisselle avec un mug d’eau rationnée, non, je laisse ça aux suivant.e.s (ce sera ici mon premier et dernier essai d’écriture inclusive, qu’on se le dise). En fait, je suis attendue au tournant pour avoir pris moultes notes sur petit carnet en Guyane et promis (quelle idée) d’en faire des articles de blog. Allons-y donc, dans le sens chronologique du voyage, même s’il ne correspond pas au sens historique, et toute idée d’exhaustivité oubliée, étant donné l’incroyable complexité du pays où vivent conjointement pas mal de peuples…

Puzzle ? Mosaïque ? Choisissons plutôt la métaphore textile, et disons : patchwork. A l’image des merveilleux appliqués inversés que brodent les femmes hmong.

Etal d’ouvrages brodés au marché de Cacao

Et ça se passe en Guyane, oui, pas d’erreur. Cela fait tout juste 40 ans que les premiers Hmong ont été « invités » par la France à développer en Guyane des villages agricoles (à l’époque et pour résumer vite fait la question politique, l’opinion internationale s’était émue de leur situation de réfugiés en Thaïlande après leur exode massif suite aux victoires communistes au Laos, au Vietnam et au Cambodge, où leur était reprochée une participation de certains d’entre eux aux guerres française et américaine. Ainsi des milliers de Hmong ont été accueillis aux USA, en France métropolitaine, mais aussi dans cette jungle guyanaise au climat subtropical ressemblant à celui de leurs montagnes originelles).

Curieux monument hmong coiffé de ramboutans géants

Maintenant, les Hmong sont 2% de la population guyanaise, principalement à Cacao, Javouhey, Roccocoua et Corrossony, et ils y ont tellement bien développé le maraîchage qu’ils fourniraient près de 80% des fruits et légumes consommés en Guyane.

Mais oups… Au marché hmong de Cayenne, réapprovisionnant le bateau en produits frais, j’ai discuté avec un producteur. Moi, naïve (et agricultrice de balcon comme ça se sait) :

« Avec cette chaleur et cette humidité ici en Guyane, ça doit sacrément bien pousser !

– Oui, c’est vrai, mais il y a aussi beaucoup d’insectes, c’est difficile ! me répond-il. Ils dévorent tout, on doit mettre beaucoup de produits ! »

Des produits pas très bio, ni même très réglementaires apparemment, et utilisés en force d’après la rumeur publique. Légumes et fruits sont magnifiques d’allure sur les étals hmong, par contre avant de les cuisiner nous les avons abondamment lavés et soigneusement épluchés. M’est avis que ce serait cool une reconversion en agriculture raisonnée.

Sorte de chou chinois

Etonnant concombre à rallonge

Sous l’étal familial, l’enfant qui sera peut-être informaticien et non plus maraîcher…

Aller à Cacao depuis Cayenne, c’est prendre une route tortueuse et montueuse à travers la végétation inexprimable de Guyane, pour arriver dans un bourg isolé dans cette zone forestière escarpée, isolé mais super-organisé, écoles, poste de santé, etc. C’est là qu’on peut comprendre l’effort de défrichement et le travail accompli dans un coin pas forcément évident au départ…

Nous y sommes allés le dimanche, c’est le jour du marché, l’occasion d’admirer les broderies extrêmement minutieuses réalisées par les femmes du village selon les techniques et motifs traditionnels, soit au point de croix très fin, soit en appliqué inversé qui est un ouvrage de grande patience et réflexion – et si j’en juge les tutoriels regardés sur internet, c’est pas demain que je m’y mets ! Une jeune femme m’a expliqué que si on se ratait à un moment donné, tout était raté, il fallait recommencer… parce qu’il faut superposer plusieurs tissus de couleurs différentes, puis les découper pour faire apparaître une couleur du dessous, et coudre très finement le pourtour des découpes (rencontre des savoir-faire, en Amérique centrale, les femmes amérindiennes tulé pratiquent aussi cet art appelé « mola »).

Appliqué inversé hmong

Je n’ai pas osé photographier une dame qui portait son enfant sur le dos dans un superbe porte-bébé traditionnel entièrement brodé… J’ai des livres chez moi qui montrent l’extraordinaire sophistication et diversité des costumes hmong en Asie. C’est d’ailleurs d’après les coloris majoritaires des costumes que sont souvent appelés les hmong : hmong noirs, qui utilisent des indigos très foncés, hmong blancs, hmong verts, hmong fleuris, mais tous ces groupes se différencient aussi par la géographie, la culture, la langue…

Sur le monument aux ramboutans

Trêve de discussions textiles, bien que ça me fascine ! Passons au culinaire. A Cacao, nous avons aussi fait des courses de fruits et légumes au marché, nous y avons bu des boissons joliment colorées, et aussi mangé de bonnes soupes sur de grandes tables alignées :

Heureusement il y avait des bâches au-dessus des tables, car une belle averse locale s’est invitée au milieu du repas, ployant les bambous et faisant de drôles de flaques sur la latérite rouge. Flora pensait à toute cette eau qu’on aurait pu récupérer pour nettoyer le bateau et faire les lessives…

C’est à Cacao que nous avons visité le musée du Planeur Bleu (cf. l’article sur les horrifiques insectes !), dont nous avons ensuite appris que le gardien érudit et sympa est aussi prof au collège du village.

Les maisons de Cacao, que les industrieux habitants ont construites eux-mêmes lors de leur installation, sont pour la plupart en bois et sur pilotis, ce qui dégage au sol un grand espace bien ventilé, et à l’étage des pièces très protégées (des insectes et autres bestioles rampantes et volantes ???).

Où l’on reconnaît dans le coin à droite des ustensiles pas du tout exotiques, et où l’on voit que les hmong ont adopté la coutume guyanaise de posséder un oiseau chanteur que l’on emmène partout dans une cage…

L’église surplombe le village, même si on se dit qu’au départ les hmong n’étaient peut-être pas tous catholiques – bouddhistes ? animistes ?

Nous y trouvons quelque fraîcheur et repos, car après la pluie du repas la chaleur est revenue.

Ben voilà, j’ai sûrement oublié plein de choses, et potentiellement (une expression de Flora) dit des bêtises, mais c’est ce que j’ai vu, retenu et ressenti. Juste encore une remarque : les hmong ne sont pas la seule population originaire d’Asie en Guyane. De nombreux chinois sont arrivés fin XIXème début XXème siècle, ils forment donc une communauté relativement ancienne qui s’est principalement investie dans le commerce de détail.

La suite des exercices pour mon diplôme de bonne équipière au prochain numéro (et à la prochaine connexion internet de Penn Gwen),

Christiane.

5 réponses

  1. Edith LE TULLE
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    Merci, Chris, pour ce voyage culturel, coloré, documenté, où je reconnais bien là ton sens de la curiosité, de l’ouverture à l’autre… Et tout çà de ton 6éme étage de Villeurbanne, quelle dextérité!!
    Tu dois regretter la chaleur, même humide! de la Guyane, dans notre hiver tonique!!
    Nos voyageurs doivent naviguer, en ce moment, dans la chaleur , les eaux chaudes et les couleurs des caraïbes!

    Bises aux voyageurs, aux citadins!

  2. AURELIE OTTENWELTER
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    Whaoooo, très bel article !!! Les effets du décollage horaire a eu un effet superbe sur la documentation 😉

  3. AURELIE OTTENWELTER
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    oupssss là c’est moi qui n’ai plus les yeux en face des trous 🙁 j’étais fixée sur le décOllage horaire de l’article …

    mais les effets ONT eu un superbe rendu sur la documentation 🙂

  4. big max
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    mais dis moi Flo …. connaissent il saint Nicolas la bas ?? bisous

    • auflo
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      Ben non, je ne crois pas, mais on ne peut pas tout avoir !
      La bise à Serge, Eric et toi ! Flora.

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