Le planeur bleu

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Joli nom pour un musée d’entomologie guyanaise, vous direz-vous… Merveilles et rêves de papillons…

Eh bien justement, surprise ! Il va falloir songer à ne pas trop planer en se promenant dans ce pays-ci, et veiller à l’endroit où l’on pose le pied, la main, voire le derrière, couvrir son chef lors des balades en forêt, vérifier ses chaussures en les renfilant… Tout l’intérêt d’avoir visité ce génial petit musée lors de notre balade à Cacao le 24 septembre, pratiquement en début de séjour. J’ai soigneusement ouvert mon petit carnet et pris note des messages « Danger » délivrés par le créateur du lieu, guide passionnant et féru d’insectes. D’aucuns me penseraient bien précautionneuse, mais voilà, lors d’une rando en forêt guyanaise, un équipage averti en vaut deux !

Et avec combien d’émotion j’ai pensé à toi, Vanessa : «Aaahhh ! Au secours ! Une bêêête ! », par exemple lorsqu’un des navigateurs à Dégrad des Cannes (le port de Cayenne) disait avoir à bord une mygale (douce et affectueuse) pour boulotter les cafards. Amaury, il paraît qu’elles sont très douces à caresser… tu aimerais !

Je vais donc cibler l’article sur un parcours de l’horreur – je laisse à Flora le soin de vous montrer de merveilleux papillons dans l’album-photo (note de Flora : et encore, nous n’avons pas réussi à immortaliser un morpho !) – mais le monde des insectes est tout particulièrement vaste ici et fascinant, nous n’avons quasiment rien vu de l’immense richesse faunistique, il faut cerner l’étude ! Exhaustivité impossible.

Laissons de côté les moustiques, et le palu, la dengue, le chikungunya, le zika… et aussi tant qu’on y est la mouche phlébotome trois fois plus petite qu’un moustique, qui ne zonzonne pas, vous pique sans avertir le soir et toute la nuit, et vous transmet éventuellement la leishmaniose qui fait d’horrifiques plaies à la peau ou pire à l’intérieur, raison pour laquelle il vaut mieux avoir une moustiquaire bien fine lors des nuits en hamac, et ne pas porter sa lampe frontale sur le front mais au poignet…

Alors Vanessa, commençons par les mille-pattes… comme celui qu’on a tué un jour à grands coups de pantoufle au seuil de ta cuisine. Bof ! Mais bof ! Notre petit mille-pattes de métropole, petit bras, va ! Ici, le iule par exemple est frugivore, il pue et laisse une tache indélébile sur la peau s’il se sent dérangé, il n’est pas dangereux, mais il est GRAND ! GRAND ! Doit falloir prendre une grosse semelle de ranger pour l’écrabousiller…

Lui, bon, impressionnant mais gentil, donc. Par contre, la scolopendre, qui a ses habitudes dans les cocotiers, et qui est carnivore, a un venin neurotoxique qui ne va pas être mortel mais bien douloureux (à Trinidad & Tobago, où elle peut mesurer jusqu’à 60 centimètres, sa morsure est potentiellement mortelle). Donc, se promener sous les cocotiers avec un chapeau (imaginez-la embrouiller ses « mille » pieds dans vos cheveux !), ne pas sursauter, ne pas l’énerver lorsqu’elle nous tombe dessus par hasard, la laisser patiemment partir gentiment, facile à dire tout ça… et savoir que les poules les mangent. Si j’avais une maison par ici, j’aurais donc un poulailler contre les scolopendres, avantage numéro 1, et des œufs à la coque au petit déj’, avantage numéro 2…

Scolopendre vivante, et notre érudit guide en arrière-plan

Ici elles sont mortes : belles bêtes, non ? Vanessa, tu tiens le choc ?

Causons maintenant d’un innocent petit papillon de nuit à l’air inoffensif, banal et passe-partout vraiment. Parfois il y en a des vols importants, la surprise c’est qu’ils déposent partout leurs poils minuscules et invisibles, comme une poudre dont on ne va pas se méfier, et gargl ! malheur à celui qui passe sa main sur un meuble, une rampe d’escalier, ou de ponton, comme nous l’a raconté un autre navigateur qui en a fait l’expérience bien cuisante et persistante.

What else ? Oh, un criquet par exemple, il est joli celui-ci, j’ai mis mes doigts à côté pour que vous mesuriez sa taille. Ils doivent manger pas mal lorsqu’ils arrivent en masse dans un jardin…

Dans notre musée des insectes marrants, ne pas croire qu’une petite punaise de rien du tout se contente de grignoter des framboises, ou qu’on peut les attraper pour les stocker en nombre dans sa main ou les écraser entre ses doigts comme les gendarmes de ta cour, n’est-ce pas Erwann ?

Ça donne à réfléchir sur les capacités de défense des bestioles. Tout est dans leur organisation pour vivre et se reproduire, leur adaptation à leur environnement, et souvent aussi leurs coopérations avec d’autres animaux ou des végétaux. Prenons par exemple cette costaude guêpe, qui peut mesurer dans les 8 cm :

Elle pique la mygale qui guette la proie à l’orée de son nid, la paralyse de son venin élaboré, puis la tire soigneusement à l’intérieur du terrier, pond une larve dans le corps de la mygale, qui va ainsi, vivante et impuissante, servir de ressource alimentaire au bébé guêpe…

Les mygales, vaste sujet. Paraît que la plus sympa est la matoutou, noire et bien poilue, avec le bout des pattes orange, arboricole – et comme les mygales sautent toujours vers le bas, porter un chapeau en promenade… Cela dit, la matoutou n’est pas agressive : notre guide la manipulait comme une peluche sans qu’elle ne le morde ni le bombarde de ses poils de soie urticants.

Dans un de ses vivariums, la plus dangereuse des mygales guyanaises, la Théraphosa Leblondi, qu’on peut approcher mais sans la toucher ! Si on l’effleure, bim elle mord. Ses crocs de 2 cm peuvent traverser une chaussure, et ses poils sont très très urticants. Cependant dans un premier temps, si on la touche par erreur, elle fait une morsure d’avertissement, et se recule ensuite sans envenimer. Désinfecter la plaie seulement, et si elle a injecté son venin quand même, aspi-venin, désinfection et consultation médicale (mais cette morsure n’est pas mortelle)… La Théraphosa Leblondi est la plus grosse des mygales, elle peut mesurer jusqu’à 30 cm ! Elle peut vivre jusqu’à 25 ans. Elle est surnommée « araignée crabe » car certaines tribus amérindiennes la consomme comme on mange un crabe. La voici :

Des milliers de mygales sont prélevées pour être épinglées et vendues comme souvenir, avant de devenir adultes. C’est un désastre écologique (refuser donc d’acheter de tels souvenirs). Un mâle mygale vit 5 à 6 ans, il se reproduit dans sa dernière année, peut se faire écraser aussi en traversant les routes, et une fois sur trois se fait boulotter par la femelle lors de l’accouplement. Madame Mygale vit jusqu’à 25 ans et reste dans son terrier.

Notre guide au musée demande donc à tous de lui ramener des mâles, car il fait reproduire les mygales en captivité, les élève pour les relâcher dans la nature…

La mygale mexicaine Brachypelma, par exemple, a été tellement commercialisée, pour sa docilité et ses qualités esthétiques, que son aire de répartition naturelle s’est grandement appauvrie. Elle est aujourd’hui protégée internationalement : il faut un certificat CITES pour en posséder et prouver qu’elle est née en captivité.

 

On peut trouver des mues de mygales, car la bestiole se déshabille régulièrement pour se fabriquer une peau plus grande. Il est préférable d’acheter une mue de mygale qu’une mygale punaisée !

Ça va tout le monde ? Regardez comme Mélisse est cool avec son amblipyge. Bon, il est vrai que cette araignée n’est pas du tout dangereuse :

Autre bestiole courante, le scorpion. Et comme Indiana Jones vous le dirait, ce ne sont pas les plus gros scorpions les plus dangereux. Celui qui a de grosses pinces et qui est bien costaud n’a pas besoin d’un venin bien puissant. Mais le maigre avec des pinces de gringalet, lui il se mitonne un venin pas piqué des hannetons. Donc s’en méfier ! il s’appelle Tityus. et son venin est potentiellement mortel pour un enfant de moins de 14 ans pas soigné dans les 48 heures. Ces dernières années, une fillette de 6 ans est morte, soignée trop tard, ainsi qu’un enfant amérindien de 8 ans, qui avait caché sa piqûre à ses proches. Il y a une épreuve pour les enfants amérindiens, l’épreuve du maraké, qui consiste à se plaquer une grosse fourmi sur le torse sans rien dire pour montrer qu’ils supportent la douleur courageusement. Cet enfant n’avait pas voulu se montrer faible… brave petit spartiate d’ici.

S’en méfier ? Bof ! ai-je dit à Flora au crépuscule sur la plage des salines de Monjoly, au bord des vagues. Il est mort celui-ci ! Et Flora de le pousser du bout de sa sandale. Garglll ! Il était bien vivant !

Bon, on se détend ! Est-ce que ça vous dirait d’avoir un Taupin pyrophore (petit nom : Cucujo) pour éclairer votre lecture le soir ? Ce coléoptère de 35 mm émet, quand on le touche, une lumière froide puissante avec deux petites « ampoules » sur le côté de la tête, et une autre sous l’abdomen. Quand on le pose sur le dos, il se remet à l’endroit d’un surprenant saut carpé comme les « puces » avec lesquelles les enfants jouent.

Rien que les insectes, de quoi écrire des volumes dans ce pays. Le paresseux – on n’en a pas vu encore hélas – ne descend lentement de l’arbre que pour faire caca dans son petit compost, dans lequel il récupère ensuite un petit papillon qui se cache dans son pelage et lui permettrait d’accroître sa concentration d’azote et de nutriments… Belle symbiose. Idem pour le bois-canon, un arbre qui offre abri et nourriture dans son tronc creux à des milliers de fourmis Azteca, en échange celles-ci font fuir les insectes phytophages, cisaillent les lianes des plantes envahissantes, et lui permettent de grandir vite et fort en bonne santé. C’est simple ! Nous autres humains devrions nous inspirer plus souvent de ces coopérations intelligentes…

Faites de doux rêves !

Christiane.

Pour vous aider à faire de beaux rêves, suivez ce lien, vous y trouverez de beaux papillons mais aussi des photos de la nature guyanaise, certains de ses végétaux, de ses animaux… Flora.

6 réponses

  1. Edith
    | Répondre

    Hello,
    Et merci, Chris , de ce reportage très documenté sur les bestioles petites guyanaises!! J’ai une préférence pour nos fourmis!!!
    C’est très agréable de vous retrouver sur le blog, et de nous instruire le sourire aux lèvres!!
    Flora, par contre, je ne trouve pas le lien des photos! Où est-il passé? j’ai hâte de les découvrir!
    Pleins des bisous à vous 5, et bonne navigation, je crois que vous repartez demain direction trinidad..

    • auflo
      | Répondre

      Et oui, je n’avais pas complètement fini l’album, tu as été trop rapide ! Ca y est, il est en ligne.
      On part effectivement demain, direction Tobago normalement.

  2. anne
    | Répondre

    Finalement je préfère les papillons même si … ! Magnifiques photos comme d’habitude ! Bon vent pour les Tobago ! Je crois savoir que c’est un petit paradis ! Régalez-vous
    Bisous à tous

  3. Charles
    | Répondre

    Encore une fois, superbe reportage ! Merci !
    A bientôt à Trinidad et Tobago, lieu magnifique !
    Bises affectueuses à tous.

  4. Mamilo
    | Répondre

    Ma curiosité a été enfin assouvie : article richement documenté qui nous fait découvrir tout un monde d’invertébrés dont certains ne sont vraiment pas fréquentables … et le magnifique album.
    Très heureuse d’être fixée sur le sexe de la chauffe souris (y-a-t-il un nom pour le mâle ?) car j’ai très frustrée de ne pas savoir celui du caïman ( et pourtant vous avez insisté auprès du guide …) !

    Bises à tout l’équipage !

  5. dubreuil gérard
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    Ouais c’est un vrai coin de paradis pour le capitaine Haddock, il pourrait s’y ressourcer en insultes encore plus terrifiantes ! Vu d’ici on a de la peine à le voir comme l’Eden , et pourtant les peuples amérindiens ont su y vivre en harmonie avec la nature. Alors OK Chris le bois-canon est un exemple à suivre , partout : s’entraider plutôt que se bouffer entre nous.( à commencer dans les champs d’Europe où on pourrait multiplier les coopérations plutôt que le glyphosate!!)
    Merci pour ce très beau reportage.
    Bises à tout le clan. Grand-père.

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