Sur les quais de Horta

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Aux Açores se trouve un des ports les plus emblématiques de la grande croisière en voilier : Horta. Sa rade a abrité pendant des siècles les bateaux en escale sur la route du retour des Amériques, les baleiniers, les navires chargés d’orange ou de vin des Açores. Aujourd’hui la chasse à la baleine est interdite et la route commerciale transatlantique ne passe plus par l’île de Faial. Mais le port s’anime spectaculairement chaque année lorsque plus de mille voiliers, majoritairement de retour des Antilles, y font escale aux mois de mai et de juin.

Les jours d’affluence, des dizaines de bateaux venus du large y relâchent. On s’amarre à couple comme on peut, sur trois ou quatre rangs, voire plus ! Autant on a pu fuir la foule pendant le voyage, autant on est heureux ici de faire le plein de convivialité après deux ou trois semaines de traversée. On discute avec les voisins de ponton, on retrouve des bateaux-copains qu’on avait perdus dans le voyage et on en rencontre de nouveaux (dont on se rend souvent vite compte qu’ils sont des copains de copains), puisque Horta est le carrefour où convergent tous les bateaux venus d’Amérique avant de repartir aux quatre coins de l’Europe. On se donne rendez-vous au Peter Café Sport, bar fameux dans la planète voile et qui fête ses 100 ans cette année. Ou au festival Maravilha, où nous avons retrouvé des connaissances de Festina Lente, Nasser le beat-boxer, Soizic la dessinatrice et Lise la chanteuse. Les apéros s’improvisent dans les cockpits. On se couche tard et la fatigue de la transat se mêle à la fatigue des soirées à répétition. Ça parle de transat, de tour du monde, de copains encore en mer, de retour. Et bien sûr, de peinture.

La peinture laissée par Soizic au passage de Festina Lente en 2017

Car si vous ne deviez retenir qu’une image de Horta, ce sont ses quais recouverts de milliers de peintures, laissées par les voiliers de passages depuis des dizaines d’années. En arrivant à Horta, je n’étais pas convaincu de trouver la motivation pour y laisser la nôtre. Mais depuis que nous y avons jeté nos amarres, je passe des heures à y cheminer, découvrant chaque jour un nom connu sur une œuvre écaillée ou une nouvelle peinture encore fraîche laissée par un voisin de ponton. Ce musée hétéroclite prend, pour le voyageur sur le retour que je suis, une autre dimension, personnelle. Je refais sur ces quais tout le chemin qui m’a amené jusqu’à Horta.

Ce chemin est marqué par les dizaines d’équipages rencontrés sur la route, qui ont autant compté dans notre voyage que les pays visités et leurs populations. Des ingénieurs, instituteurs, médecins ou artisans, mais aussi des gens qu’à terre on aurait difficilement croisés : des clowns, une pilote d’hélicoptère dans la marine, un détective privé, un vendeur de pierres précieuses, un réparateur de câble sous-marin par 2000 mètres de fond, des convoyeurs de camions d’occasion de l’Europe vers l’Afrique, un directeur de course océanique, un trafiquant de dents de mégalodon, un couple de conducteurs de bus scolaire et un autre dirigeant 11 entreprises, un ouvrier carotteur de sol gelé pour la recherche de sable bitumineux en Alberta, un journaliste chez Voile Magazine, le capitaine du ferry de Belle-Ile, un peintre, des vendeurs d’armes, un tour-du-mondiste solitaire dialysé, un malade de Parkinson en route pour Tahiti…

Autour de la peinture de Kiki et Karine 

Ce chemin commence par la peinture de mon oncle Kiki et de Karine, passés ici il y a onze ans sur Almadies. Un tableau d‘autant plus touchant que Kiki est décédé au début de notre voyage. Et un tableau qui me rappelle aussi ma famille, qui rêve depuis longtemps de voyages en bateau et qui nous a soutenus depuis l’annonce de notre projet. Kiki n’était pas le seul de ma famille à avoir traversé l’Atlantique : j’ai cherché sans succès un dessin de mon cousin Armand. Nous avons suivi sa trace jusqu’à Salvador de Bahia. Il naviguait il y a dix ans sur un Django de 7.5m !

Il y a bientôt quatre ans, nous décidions de nous lancer dans notre projet de voyage. La recherche du bateau, la lecture des livres ou blogs de navigation, les formations techniques, la préparation de la mission pour Voiles Sans Frontière, le bricolage sur le ponton étaient à chaque fois l’occasion de nouvelles rencontres. On découvrait les milliers de bateaux de voyage qui nous ont précédés dans cette boucle Atlantique. Je retrouve aujourd’hui leur peinture sur les quais de Horta. Comme la famille Lorcy que l’on a découvert via leur blog et à qui nous avons acheté Penn Gwen. Ou Pascal et Pascale, qui ont voyagé 7 ans sur Imagine et nous ont donné l’idée d’allonger un peu le voyage. Ou encore Lunéo et Anao, équipages VSF, Banik, un blog de voyage réputé, les Galopins, qui ont fait le même tour que nous entre 2014 et 2016, ou Tara, qui était en escale à Paris avant notre départ quand nous nous étions portés candidats pour faire des prélèvements de plancton.

Imagine, Lunéo, les Galopins, Life, Banik, Penn Gwen, Anao, Tara

Et surtout, au fil de cette préparation, nous avons rencontré les autres équipages de la « promo 2016 ». C’est ainsi que nous avons fait connaissance de Ioda et Cocodelo, équipages familiaux basés comme nous à Arzal, avec qui nous avons préparé le bateau, navigué pendant les premiers mois du voyage et que nous sommes impatients de retrouver bientôt en Bretagne.

Les copains passés l’année dernière

Ah, ces premiers mois ! Quelle profusion de bateaux-copains ! Nous avons vu passer une bonne partie de cette promo 2016, en Espagne, au Portugal, à Madère et aux Canaries. C’était le début du voyage, on profitait à fond de cette nouvelle vie. A Madère, on a dû mettre le holà après une semaine d’apéros quotidiens, le voyage prenait une dangereuse tournure ! Il faut dire qu’il y avait toujours l’arrivée ou le départ d’un bateau-copain à fêter, une invitation à rendre, une nouvelle rencontre… Sur les pontons une bande sans cesse croissante d’enfants tournait d’un bateau à l’autre. Nous traînions un peu, la transat n’étant pas à notre programme en décembre comme pour la plupart des autres bateaux qui font la boucle en un an. Alors nous voyions les copains nous dépasser les uns après les autres : Ioda, Cocodelo, Océanix, Archipell, Lolito, Sea You, Talita, Altair, La vie en Rose, Kitery… En décembre, plus de trace de tous ces équipages, tous partis de l’autre côté pour fêter Noël aux Antilles. Trouver cette année leurs peintures à tous sur les quais de Horta m’a convaincu : c’est maintenant une évidence de laisser nous aussi la trace de notre passage !

A Noël, il ne restait aux Canaries que quelques bateaux au programme atypique, ceux qui avaient du temps. Le temps de faire un tour du monde, comme Elora, ou celui de traîner dans l’Atlantique, comme Ia Orana, que nous avons retrouvé en pointillés pendant ces 2 ans. Notre chemin s’est écarté à ce moment des routes classiques. Nous nous sommes dirigés vers le Sénégal, le Cap-Vert, le Brésil et la Guyane. Nous croisions de moins en moins de bateaux. Le voyage a pris une autre tournure, plus tournée vers les populations locales. Mais on soupirait parfois en lisant les blogs des copains qui faisaient la fête aux Antilles et il fallait trouver de nouvelles occupations pour les enfants privées des camarades de ponton. Les voiliers que nous croisions n’avaient souvent pas le même rythme de voyage. Pour eux le temps des escales ne se comptait plus en jours ou en semaines, mais en mois ou en années. Comme la famille de Didjeridoo, croisée au Sénégal, qui a presque toujours vécu en bateau. Comme cette famille allemande croisée à Tarrafal de Santiago, au Cap-Vert, en proie à des soucis de santé et d’entretien du bateau, mais dont la fille Neferly parlait à onze ans au moins cinq langues à force d’être scolarisée entre le Sénégal, la Gambie et le Cap-Vert depuis des années ! Ou comme ces bateaux « échoués » à Dégrad des Cannes, en Guyane, dans un port à l’ambiance très particulière, à la fois chaleureuse et déprimante. Il y avait bien quelques autres bateaux navigateurs, de retour d’un tour du monde comme Anna et Colin, qui retournaient en Ecosse depuis le Pacifique et le Cap-Horn avec juste une escale au Cap-Vert (neuf semaines de près sur un Ovni !), ou en route vers la Patagonie, comme Pascal, prof d’anglais parti en solitaire sur un voilier d’une dizaine de mètres et avec qui nous avons passé quelques semaines à profiter de la Baie de tous les saints. Quelques bateaux au programme similaire au nôtre tout de même, surtout des jeunes retraités comme Patrick et Chantal qui alternent le voyage en bateau et les retours en France en laissant leur bateau dans une marina. Et des bateaux brésiliens, comme celui de Roberta, Carlos et Vittorio, rencontrés à Jacaré mais que nous n’avons malheureusement pas réussi à convaincre de nous accompagner jusqu’aux Antilles. De ces bateaux rencontrés pendant ces dix mois de voyage en dehors des sentiers battus, je n’ai trouvé aucun dessin sur les quais de Horta. Ah si, un seul ! Christian et Katrin, nos copains-clowns du bateau Charlie.

Curieusement, des bateaux croisés aux Antilles, peu de traces également. Les bateaux en tour de l’Atlantique « promo 2017 » devaient être perdus dans la foule en Martinique ou en Guadeloupe. Ou peut-être avions-nous quelques semaines d’avance sur eux. Nous ne les y avons pas croisés et c’est seulement maintenant aux Açores que nous faisons leur connaissance. Mais en mer Caraïbe, outre les retrouvailles avec quelques copains de début de voyage, nous avons bien fait de nouvelles rencontres. Au chantier de Grenade, nos voisins de Catafjord étaient épatants : les deux familles françaises retapaient depuis plusieurs mois leur catamaran de 18m sur lequel ils sont partis à 9 pour un projet de plusieurs années. Une famille dans chaque coque ! Ils ne passeront pas par Horta car ils comptent mettre le cap sur le Pacifique. On suivra leur voyage pour rêver un peu… Geneviève et Bruno venaient de Gaspésie en avion et ont loué Rackham, un RM 1200 (rouge bien sûr) pour une petite année aux Antilles. Dur de les quitter après quelques semaines de navigations partagées ! Nos routes se sont séparés aux Iles Vierges, et se recroiseront on l’espère d’un côté ou l’autre de l’Atlantique. Et sans oublier leur adversaire de régates québécoises, Mike (cf. l’article d’Erell), qui doit remonter en ce moment la côte américaine en passant par New York. Pas de Horta non plus mais il n’y perd pas au change.

Alors qu’aux Antilles la saison cyclonique et donc le retour vers l’Europe se rapprochaient, les candidats au départ en transat convergeaient petit à petit vers les ports du nord des Caraïbes. C’est ainsi qu’aux Bahamas, nous avons croisé les deux Outremer de Luna Bay II, en année sabbatique, et Moby, aperçus en formation à Paris 2 ans et demi plus tôt et partis dans la foulée en tour du monde. Nous avons passé avec eux nos derniers jours à vraiment profiter des Bahamas. Il était ensuite temps de gagner Marsh Harbour, tout au nord, pour préparer le bateau et attendre la fenêtre météo. On a échangé les dernières nouvelles avec les bateaux-copains. Sea You n’était pas loin, ils sont partis de Nassau. Ceux restés aux petites Antilles attendaient leur tour également, à St Martin ou en Guadeloupe. Enfin, mi-mai, la situation météo s’est débloquée. En quelques jours, tous ont pris le large, après s’être donné rendez-vous sur les quais de Horta.

Peintures de copains passés cette année : Sea You, les clowns de Charlie, Luna Bay II, Altaïr, Moby, Ia Orana,et les derniers rencontrés : Teiva, Farniente et Laureva

On a trouvé notre place aux côtés de Ioda et Cocodelo !

Les colibris au travail

Aurélien

13 réponses

  1. Neyret monique
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    Magnifique article, belle peinture laissée à Horta qui donnera l’occasion à d’autres navigateurs de parler de vous. Je mesure par tout ce qui est écrit toutes les belles rencontres que vous avez faites, et je trouve cela très émouvant à quelques jours de votre arrivée chez nous!
    On a hâte de vous retrouver!
    Bisous et bravo pour ces deux années passées sur les mers

  2. Christiane
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    Super contente de lire l’article, que je vais illico imprimer pour ma mère ! Il est vraiment sympa et intéressant, plein d’émotion aussi, et j’imagine les promenades sur les quais et les fêtes à bord ou à quai. A travers les évocations de rencontres, je reconnais quelques personnes… et si la petite bande de Festina Lente est encore là, faites-leur des bises pour moi ! Ils vont bien ? Des bises aussi à Ia Orana ! Passez encore de bons moments et bon courage pour les préparatifs de traversée… Bisous !

    • IA ORANA
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      Bizzz à toi aussi Christiane!

  3. Edith
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    Wouahouh! Belle émotion! Quel beau récit , quel beau cheminement!! Merci de cette explication, qui nous donne le sens profond de votre belle signature à huit mains!
    Sûr que vous devez vivre intensément ce mois de Juin, fort en retrouvailles , rencontres, mais aussi en aux-revoir, aux amis, à l’aventure qui doucement, va se terminer …mais pour de nouvelles retrouvailles!!

    Pleins de bisous à vous , on en veut encore, des articles!!

  4. IA ORANA
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    Quelle plume Aurélien! C’est tellement évocateur de ce qui fait le voyage… Et puis c’est toujours difficile de parler des gens qu’on rencontre. C’est très touchant. Bravo! On est très honorés de faire partie de votre ribambelle de bato-copains 🙂

  5. Mamilo
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    Impressionnant l’article ! Je l’ai dévoré ce matin, pendant mon petit-déjeuner. Quelle belle rétrospective !
    J’ai eu le bonheur de partager quelques unes de vos rencontres lors de mes trois périples . Les plus atypiques étaient au Cap vert : l’apéro pique nique sur la plage, à Tarrafal de Santiago, avec les voiliers du mouillage, la plupart sédentarisés … ( avez-vous retrouvé la brésilienne qui devait accoucher quelques temps après à Mindelo ?). Puis, parmi les rares bateaux à Mindelo, Anna et Colin, le très sympathique couple australo-britannique qui arrivait directement des Malouines, pour remonter d’une traite à Lorient, où ils devaient achever leurs années de vagabondage ! A Grenade, adorables , les enfants d’Ia Orana qui étaient venus visiter avec nous la chocolaterie ( cf l’article de Mélisse) : vous leur direz également bonjour de ma part ! Et retrouvailles émouvantes avec Karine au Marin en Martinique .
    Gros bisous.

  6. Rackham
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    Quel beau texte inspiré et touchant. On sent toute l’émotion reliée à ce rite de passage sur les quais de Horta. Bravo pour tout ce que vous avez accompli au cours de ce voyage. On vous admire beaucoup. Vous avez de quoi être fiers.
    Et toutes ces rencontres que vous avez faites ne sont pas le fruit du hasard, vous formez une formidable équipe: sympathique, attachante, vraie. Chanceux comme nous, tous ceux qui ont croisé votre route et qui ont eu le bonheur de partager l’apéro avec vous. Vous avez laissé votre marque sur les quais de Horta mais aussi dans nos cœurs. Il a été difficile de vous quitter. On avait encore trop à voir ici mais on y a pensé à traverser avec vous… Quoique je ne sais pas si j’aurais supporté 3 semaines en mer en plein soleil sans bimini 😉
    Vous le savez, nous manquez déjà beaucoup.
    Geneviève et Bruno xxx

  7. Big Max
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    Hello Boss …

    content de voir que tout va bien pour vous …
    Au fait .. je reserve le resto pour un de ces quatres ??
    bisous

    Max

  8. francis Ratti
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    vous nous faites comprendre , saisir l ‘univers des grands voyageurs en bateau – nous l ‘ avons connu à petite echelle et il nous a ravi – – – les amis d ‘ escale , les pontons , les tuyaux qu ‘ on se passe — et pour nous le rêve de la longue route – – – — nos petits enfants l ‘ ont fait pour nous , avec les equipieres de choc de la generation d ‘ apres – – – – merci a vous ! ! ! ! et qui savez si bien nous raconter tout ce que vous vivez
    profitez bien des acores , repos detente et famille – – – mais on pense que que vous preparez dejà le bateau pour la dernière partie de votre grand periple ? quand pensez vous partir ? ( pour qu ‘ on suive la meteo ) ophelie vincent e t emilie ont du repartir aujourd ‘ hui – nous vous embrassons tres fort

  9. xavier
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    C’est une belle invitation au voyage et à l’altérité ce dernier article. Merci !
    Il reste une belle trace sur le quai d’Horta mais c’est surtout dans votre mémoire familiale qu’elle va rester et devenir une légende.
    La boucle est quasi bouclée, vous êtes sur le chemin du retour, je suis sûr que c’est un retour qui vous conduit à celui d’un nouveau départ.
    J’ai hâte de vous embrasser et de vous préparer une bonne fondue !

  10. marie-claire de TEIVA
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    Coucou Penn Gwen,
    Ça y est, on est en Europe, à Gibraltar, atteind après 6 jours 1/2 de navigation. depuis Horta.
    Cette fois on a pris une place au port et du coup on a internet ! L’occasion pour moi d’aller faire un petit tour du côté des blogs et de lire l’article d’Aurélien 🙂
    Alors que l’on est sur la route du retour, tu m’as fait voyager. Horta était une bien belle escale parmi beaucoup d’autres parcourues par chacun d’entre nous pendant notre petite parenthèse de vie de Terriens…
    Je vous souhaite encore plein de belles rencontres dans votre futur nouvelle vie,
    Bises d’un des derniers bateaux rencontré 😉

  11. francis Ratti
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    et vous voila partis ! – hier on regardait la meteo , qui semblait etre ce que vous vouliez – – bon vent mes cheris , on est derrière vous pour souffler dans vos voiles ——-

  12. gourvil brigitte
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    Vous allez retrouver je suis sûre avec grand plaisir tous ceux qui n’ont pas bougé mais qui ont voyagé grâce à vos beaux textes.
    La Bretagne, c’est un bon choix pour le retour.
    A bientôt sûrement: je pars le 21 pour une tournée bretonne de rennes à Paimpol en passant par Vannes, Trois jours du côté de Crozon, puis Morlaix .
    Bienvenue chez les terriens.
    Brigitte

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